LIVRE CINQUIÈME
l'objet de leurs désirs; mais, s'il voulait retourner 4 M 9 à Cuba et céder honteusement toute sa gloire et ses espérances à un rival envieux, ils se choisiraient dans le moment même un autre général qui les guiderait dans le chemin de la gloire que Cortez n'avait pas le courage de suivre.
Cortez, enchanté de leur ardeur, ne s'offensa point de la hardiesse avec laquelle ils énonçaient des sentiments que lui-même avait inspirés, et dont, à la chaleur de leurs expressions, il voyait combien ils étaient pénétrés. 11 affecta cependant d'être surpris de ce qu'il entendait. Il déclara qu'il n'avait donné l'ordre pour le rembarquement que d'après la persuasion que c'était là le désir général des troupes ; qu'il avait sacrifié en cela sa propre opinion par déférence pour celle qu'il croyait être la leur; qu'il avait toujours eu le dessein de former un établissement sur la cote pour pénétrer ensuite dans l'intérieur du pays; qu'on l'avait trompé en lui persuadant que leurs vues étaient différentes des siennes ; qu'il les voyait avec une grande satisfaction pleins de ce courage qui devait animer tout véritable Espagnol; que cette certitude allait lui faire reprendre son premier plan avec une ardeur nouvelle , et qu'il était très assuré de les conduire par le chemin de la victoire à la fortune que leur valeur méritait. A cette déclaration de Cortez on répondit par des applaudissements et des cris de ii. 18
'l^S HISTOIRE DE l'aMERIQUE.
'1519 joie. La résolution parut unanime et prise d'un consentement universel; car ceux qui la condamnaient secrètement furent obligés de se réunir au plus grand nombre dans les acclamations, tant pour cacher leur opposition au général, que pour ne pas s'attirer de la part de leurs compagnons le reproche de lâcheté'.
Cortez éta- Sans laisser à ses gens le temps de se refroidir bht une for- ou je réfléchir sur le parti qu'on venait de pren-
me de gou- , f .
vernement ci- "re? Cortez s occupa sur-le-champ de 1 exécution.
*>'■ Pour commencer à constituer une colonie , il as-
sembla les principaux de son armée; et, d'après leur suffrage, il nomma un conseil et des magistrats qui furent investis de toute l'autorité. Comme les hommes transportent naturellement les institutions et les formes du gouvernement de la mèrepatrie dans leurs nouveaux établissements, la colonie fut modelée sur l'administration espagnole. Les magistrats furent distingués par les mêmes noms et les mêmes marques de dignité, et eurent la même juridiction. On ne choisit pour remplir les places que ceux des compagnons de Cortez qui lui étaient entièrement dévoués, et les actes de leur élection furent dressés au nom du roi , sans qu'il y fût mention d'aucune dépendance de Velasquez. Les deux mobiles des Espagnols dans toutes leurs entreprises au Nouveau - Monde , l'avidité et l'enthousiasme
(i) R. 'Diaz , </'"/>. 4o, /, r, 49, Henvra, Decad. Il, lib. Vt cap. (i, 7 ,