LIVRE CINQUIÈME
religieux, semblent avoir suggéré à Cortez le nom 4549 qu'il donna à son établissement. Il l'appela la riche ville de la Vraie-Croix : Villa rica de la Ver a Cruz.
La première assemblée du nouveau conseil fut Cortez résiremarquable par un acte très important. Des qu elle mission^ fut formée, Cortez fit demander la permission de s'y présenter , et s' approchant avec une contenance respectueuse , propre à relever la dignité du tribunal , et à donner un exemple de soumission à son autorité , il commença un long discours dans lequel il employa beaucoup d'art , et dit les choses les plus flatteuses aux magistrats qui entraient dans leurs nouvelles fonctions. Il fît d'abord observer qu'étant revêtus de l'autorité suprême sur la colonie , il les considérait comme exerçant toute celle du souverain et comme représentant sa personne ; qu'il se croirait désormais obligé de leur communiquer tout ce qu'il regarderait comme intéressant le bien public avec la même fidélité et le même zèle que s'il s'adressait à son maître même ; que la sûreté d'une colonie qui s'établissait dans un grand empire , dont le monarque montrait déjà des dispositions ennemies , dépendait des armes , et par conséquent de la subordination et de la bonne discipline parmi les troupes; qu'il avait tenu d'abord du gouverneur de Cuba son droit au commandement , mais que, comme Velasquez^ avait depuis
a$0 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
-1519 long -temps révoqué sa commission, on pouvait contester la légitimité de son pouvoir , et qu'il craignait lui-même d'exercer une autorité qui ne serait fondée que sur un titre vicieux ou du moins équivoque ; que la colonie ne pouvait confier sa défense à des troupes autorisées à mettre en question le pouvoir du général dans un moment critique où l'obéissance implicite à ses ordres était absolument nécessaire; que toutes ces considérations le déterminaient à se démettre entre leurs mains de toute l'autorité qu'il pouvait avoir , afin qu'ayant le droit de la conférer tout entière à celui qu'ils choisiraient, ils donnassent à l'armée , au nom du roi , un général qui pût désormais la commander; que, quant à lui, son dévouement h sa patrie était tel qu'il se réduirait , s'il était nécessaire , à n'être qu'un simple officier, qu'il servirait avec le même zèle en cette qualité qu'en celle de général, et prouverait à ses compagnons de guerre que, quoique accoutumé à commander, il savait aussi obéir. Son discours fini, il déposa sur la table du conseil la commission de Velasquez, et, après avoir baisé son bâton de commandement, il le remit entre les mains du président, et se retira.
La délibération ne fut pas longue. Cortez avait concerté toutes ces mesures avec ses partisans les plus fidèles, et il avait préparéavec beaucoup d'adresse les autres membres du conseil à prendre la résolution