‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 13 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

hypothèses ne fussent que des rapports accidentels de quelques coutumes, ou une ressemblance équivoque de quelques mots dans les langues respectives, on a employé de part et d'autre beaucoup d'érudition et encore plus de chaleur a défendre sans une grande utilité les hypothèses contraires. Ces objets de conjecture et de controverse n'appartiennent pas à l'historien : renfermé dans des limites plus étroites, il se borne a recueillir ce qui paraît fondé sur des témoignages certains ou très probables. Je ne crois pas franchir ces limites en présentant ici quelques observations qui peuvent contribuer à répandre de la lumière sur cette question curieuse et si souvent agitée.

i° Quelques auteurs ont tâché d'expliquer par de pures conjectures la population de l'Amérique. Les uns ont supposé qu'elle avait été originairement unie à l'ancien continent, et qu'elle en avait été séparée par le choc d'un tremblement de terre ou l'irruption d'un déluge. D'autres ont imaginé qu'un vaisseau , détourné de sa route par la violence d'un vent d'ouest, avait pu être poussé par accident sur la cote d'Amérique, et avoir commencé à peupler ce continent désert l. Il serait inutile d'examiner et de discuter ces hypothèses , parce qu'il est impos-

(i) Parson's, Remains of Japhet, p. 2.40. Ancient univers, litst. ■vol. XX, pag. 164. P. Feyjoo, Tcatro critico , tom. V, p. 3o4. etc. Aoosta, Hist. mor. novi orbis , lib. I, cap. 16-19.

sible d'en tirer aucun résultat certain. Les événements qu'on y suppose sont simplement possibles; mais nous n'avons aucune preuve qu'ils soient arrivés, ni par le témoignage positif de l'histoire, ni même par les renseignements obscurs de la tradition.

2° Rien ne peut être plus frivole ou plus incertain que de chercher à découvrir l'origine des Américains, en observant simplement les ressemblances qui peuvent se trouver entre leurs mœurs et celles de quelque nation particulière de l'ancien continent. Si l'on suppose deux peuples placés aux deux extrémités de la terre, mais dans un état de société également avancée pour la civilisation et l'industrie , ils éprouveront les mêmes besoins et feront les mêmes efforts pour les satisfaire : attirés par les mêmes objets, animés des mêmes passions, les mêmes idées et les mêmes sentiments s'élèveront dans leur ame. Le caractère et les occupations du chasseur d'Amérique seront peu différents de ceux d'un Asiatique qui tire également sa subsistance de la chasse. Une tribu de sauvages sur les bords du Danube ressemblera beaucoup à celle qui vit dans les plaines qu'arrose le Mississipi. Au lieu donc de présumer, d'après de pareils rapports, qu'il y ait quelque affinité entre elles, nous devons seulement en conclure ([ne les dispositions et les mœurs des hommes sont formées par leur situation, et

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