LIVRE QUATRIÈME
naissent de l'état de sociabilité où ils se trouvent. Du moment où ces circonstances commencent à s'altérer, le caractère d'un peuple doit changer; et à proportion qu'il fait des progrès dans la civilisation, ses mœurs se raffinent, ses facultés et ses talents se développent. Les progrès de l'homme ont été à peu près les mêmes dans toutes les parties du globe , et nous pouvons le suivre dans sa marche de la simplicité grossière d'une vie sauvage jusqu'à ce qu'il arrive à l'industrie , aux arts et à l'élégance des sociétés policées. Il n'y a donc rien de merveilleux dans les ressemblances qu'on a observées entre les Américains et les nations barbares de notre continent. Si Lafiteau, Garcia et plusieurs autres auteurs avaient fait ces réflexions, ils n'auraient pas embrouillé le sujet qu'ils voulaient éclaircir, parleurs vains efforts pour établir une affinité entre différentes nations de l'ancien et du nouveau continent, sans en avoir d'autre preuve que cette ressemblance dans les mœurs, qui est le produit nécessaire d'un même état de sociabilité. Il est vrai qu'il y a chez tous les peuples certaines coutumes qui, n'ayant leur source dans aucun besoin naturel ni dans aucun désir particulier à leur situation, peuvent être regardées comme des usages d'une institution arbitraire. Si l'on découvrait entre deux peuples établis dans des régions fort éloignées l'une de l'autre une parfaite conformité dans
quelques-uns de ees usages, il serait naturel de soupçonner que ces deux peuples ont été liés par quelque affinité. Si l'on trouvait en Amérique une nation qui consacrât tous les septièmes jours à un repos religieux ; sï chez une autre la première apparition de la nouvelle lune était célébrée avec appareil , on pourrait supposer avec raison que la première a reçu des Juifs cet usage d'institution arbitraire ; mais la fête observée par la seconde ne devrait être regardée que comme une expression de joie naturelle à l'homme, en voyant reparaître la planète qui le guide et l'éclairé pendant la nuit. Les exemples de coutumes purement arbitraires et communes aux habitants des deux hémisphères sont si équivoques et en si petit nombre , qu'on ne peut pas en déduire aucune théorie sur la manière dont le Nouveau-Monde a été peuplé.
.3° Les hypothèses que l'on a faites sur l'origine des Américains , d'après l'observation de leurs rites et de leurs pratiques religieuses, ne sont pas moins imaginaires et dénuées de fondements solides. Lorsque les opinions religieuses d'un peuple ne sont ni le résultat d'une combinaison raisonnée, ni l'effet de la révélation, elles ne peuvent être que bizarres et extravagantes; mais les Dations barbares sont incapables de suivre la première méthode, et n'ont pas été favorisées des avantages de la révélation, dépendant l'esprit humain a des procédés si régu-