‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 131 sur 161 · LIVRE CINQUIÈME. 28 I · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. 28 I

qu'il desirait. On accepta sa démission; et, comme 4549 la prospérité continue qui avait jusque là couronné son expédition était une preuve incontestable de son talent pour le commandement , on le nomma , d'une voix unanime, premier magistrat de la colonie et général de l'armée, en ordonnant que sa commission lui serait expédiée au nom du roi avec les pouvoirs les plus étendus , et qu'il les exercerait jusqu'à ce que les volontés du souverain fussent connues. Afin que ces dispositions ne pussent pas être regardées comme une intrigue du conseil, on communiqua aux troupes la résolution qu'on venait de prendre; les soldats ratifièrent le choix du général avec de grands applaudissements. L'air retentit du nom de Cortez, et tous jurèrent de verser leur sang pour la défense de son autorité.

Ayant heureusement accompli ses desseins et secoué la dépendance mortifiante dans laquelle il semblait être à l'égard du gouverneur de Cuba, Cortez accepta , avec beaucoup de témoignages de respect pour le conseil et de reconnaissance pour , l'armée, la commission qu'on lui donnait, et se trouva revêtu de l'autorité suprême, tant au civil qu'au militaire, sur la colonie. Il prit avec sa nouvelle autorité un air de dignité plus imposant, et commença à exercer les pouvoirs presque illimités qu'il venait de recevoir. Il ne s'était regardé jusqu'à ce moment que comme le député d'un simple

4 519 sujet du roi d'Espagne : il commença à agir comme le représentant de son souverain. Les partisans de Velasquez, prévoyant toutes les suites de ce changement , ne purent demeurer plus long-temps spectateurs oisifs de ce qui se passait. Ils se récrièrent ouvertement contre le procédé du conseil, qu'ils regardaient comme illégal , et contre la conduite de l'armée \ qu'ils traitaient de révolte. Cortez, sentant la nécessité de prévenir de bonne heure par un acte de vigueur les effets de ces discours séditieux , fit arrêter Ordaz , Escudero et Velasquez de Léon , les chefs de cette faction, et les envoya sur la flotte chargés de fers. Leurs partisans, effrayés et confondus , restèrent tranquilles ; et Cortez , qui avait plus d'envie de rappeler à lui que de punir ces officiers dont il connaissait le mérite, sollicita leur amitié avec tant d'assiduité et d'adresse , qu'il se fit entre eux une sincère réconciliation ; tellement que dans les occasions les plus délicates , ni leur liaison avec le gouverneur de Cuba , ni le souvenir du traitement qu'ils avaient essuyé, ne purent les détacher de ses intérêts f . Dans cette occasion , ainsi que dans d'autres également critiques pour sa fortune et sa renommée , Cortez dut en grande partie ses succès à l'or du Mexique, qu'il distribuait avec profusion à ses amis et à ses ennemis 2.

(i)B. Diaz,c/m^7. 42, J3, f.omuiîi, Cvoti. cap. ><>, U IIititii Decad. II, lia. V, cap. 7.

(2) ?.. Diaz , ckap \\.

Page 1