LIVRE CINQUIÈME. Sè
rant le cacique ? est un tyran hautain , cruel et soup- 4 519 conneux, qui traite ses sujets avec une arrogance extrême , ruine par des exactions les provinces qu'il a conquises, enlève les enfants aux pères et aux mères, les garçons pour les immoler à ses dieux, les filles pour en faire ses concubines ou celles de ses favoris. Cortez, dans sa réponse au cacique, lui insinua adroitement qu'un des principaux objets des Espagnols , en visitant des pays si éloignés de leur patrie , était de redresser les torts et de délivrer les hommes de l'oppression ; et , lui ayant fait espérer ses secours quand il en serait temps, il continua sa marche vers Quiabislan.
Le lieu que ses officiers lui avaient indiqué lui parut si favorablement situé et si bien choisi , qu'il y traça sur-le-champ le plan d'une ville. Les maisons ne devaient être que des huttes , mais enceintes de remparts assez forts pour résister à l'attaque d'une armée d'Indiens. Comme ces fortifications étaient nécessaires , tant à l'établissement et à la conservation de la colonie , qu'à l'exécution du dessein que le général et les soldats avaient de s'avancer dans le pays, soit pour se ménager un lieu de retraite, soit pour conserver leur communication avec la mer , toute l'armée, officiers et soldats, mirent la main à l'œuvre ; Cortez lui-même leur donnait l'exemple de l'activité et de la constance dans le travail. Les Indiens de Zempoalla et de Quiabislan les aidèrent,
4 519 et ce petit poste, par lequel commencèrent des établissements nombreux et puissants , fut bientôt en état de défense I .
Cortez fait Pendant que ces travaux essentiels s'exécutaient , un traité avec Cortez avait des entrevues avec les caciques de Zemeiques. poalla et de Quiabislan, et, profitant de leur étonne-
ment et de leur admiration à la vue des objets nouveaux qu'on présentait à leurs yeux, il leur inspira par degrés une si baute opinion des Espagnols , il leur persuada si bien que leurs botes étaient des êtres d'un ordre supérieur à qui rien ne pouvait résister, que, comptant sur la protection de ces étrangers, ils osèrent braver le pouvoir de l'empereur au nom duquel ils étaient accoutumés de trembler.
Quelques-uns des officiers de Montézuma se présentèrent pour lever le tribut ordinaire, et demander un certain nombre de victimes humaines nécessaires à l'expiation de la faute que ces deux nations venaient de commettre en entretenant quelque commerce avec des étrangers à qui l'empereur avait ordonné de sortir de ses domaines. Au lieu d'obéir à ses ordres, les Zempoallans se saisirent des envoyés du monarque, les maltraitèrent; et, comme leur superstition n'était pas moins atroce que celle des Mexicains, ils se disposaient à les sacrifier à leurs dieux. Cortez les en empêcha , en leur montrant la plus
(r) B. Diaz, ckap. 45, '«<>, 48. Gomara, Cron. cap. 3a, M, 57. Iférrera, becad. Il, ftb. F, cap. s, 9.