LIVRE CINQUIÈME
des riches productions qu'elle fournissait, il pressa 4 519 ses soldats d'abandonner ce qu'ils pouvaient réclamer pour leur part des trésors qu'on avait jusque là rassemblés , afin qu'on pût les envoyer en entier au roi. Tel était l'ascendant de Cortez sur son armée , et telles étaient les espérances romanesques que les Espagnols se formaient de la richesse des pays qu'ils allaient conquérir, qu'une troupe d'aventuriers indigents et avides fut capable de ce généreax effort, et offrit à son souverain le plus riche présent que le Nouveau-Monde ait fait à l'Espagne l. Porto-Carrero et Montejo, principaux magistrats de la colonie, furent nommés pour aller porter le présent, avec défenses expresses de toucher à Cuba dans leur route en Europe 2.
Tandis qu'on armait le vaisseau qui devait les Conspira-
dr r . • i i tion contre
uire, un événement inattendu causa une alarme
Cortez.
générale. Quelques soldats et quelques matelots, partisans cachés de Velasquez , ou effrayés à la vue des dangers inséparables d'une expédition où il s'agissait de pénétrer avec une poignée d'hommes jusque dans le cœur d'un grand empire, avaient pris la résolution de s'emparer d'un brigantin et de gagner Cuba pour donner avis au gouverneur de ce qui se passait , et le mettre en état d'intercepter les trésors et les dépêches que Cortez envoyait en Espa-
(i) Voyez la note 102.
(2) B. Diaz, chap. 54. Gomara, Cron. cap. 40.
'2C)0 HISTOIRE DE l'a3I ÉHIQUE.
4519 gne. La conspiration , quoique formée par des hommes d'une classe inférieure, fut conduite avec un profond secret; mais , au moment où tout était prêt pour l'exécution, ils furent trahis par un de leurs camarades.
Quoique Cortez pût compter peut-être sur sa bonne fortune, qui l'avait servi si à propos dans cette occasion, la découverte de ce complot remplit son esprit de vives inquiétudes et le porta à exécuter un projet qu'il méditait depuis long- temps. Il voyait encore dans son armée quelques restes cachés d'un mécontentement qui, jusqu'alors étouffé par ses succès ou contenu par son autorité, pouvait se réveiller tout à coup. Il remarquait que plusieurs de ses soldats , las du service , desiraient de revoir leurs établissements de Cuba, et qu'au premier danger éminent ou au premier revers il lui serait impossible de les retenir. Il sentait que si ses forces , déjà trop peu considérables, diminuaient encore par la désertion d'une partie de son armée, il serait forcé d'abandonner son entreprise. Après avoir pesé avec la plus grande sollicitude toutes ces circonstances, il se persuada qu'il n'y avait point de succès à espérer pour lui, s'il n'otait à ses soldats jusqu'à la possibilité de quitter le pays, et s'il ne les réduisait à la nécessité de prendre comme lui la résolution de vaincre ou de périr. Dans cette vue, il se détermina à détruire sa flotte; mais comme il