‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 136 sur 161 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

n'osait exécuter une résolution si hardie par sa seule 1519 autorité, il travailla à convaincre ses soldats de la nécessité de cette mesure. Il fallait toute son adresse pour venir à bout d'un projet si difficile. Il persuada aux uns que les navires avaient tellement souffert par un long séjour à la mer, qu'ils étaient absolument incapables de servir davantage; à d'autres il fît valoir l'augmentation de forces qu'apporteraient à l'armée cent hommes de plus employés inutilement sur les vaisseaux , et à tous il représenta la nécessité de fixer leurs regards et toutes leurs espérances sur le pays qui s'ouvrait devant eux, et d'éloigner toute idée d'une retraite. Ses exhortations produisirent l'effet qu'il en attendait : d'un consentement général, les vaisseaux furent tirés à terre et mis en pièces , après qu'on en eut ôté les voiles, les cordages, les fers, et tout ce qui pouvait être de quelque utilité. C'est ainsi que par un effort de courage auquel l'histoire n'offre rien qu'on puisse comparer , cinq cents hommes consentirent de plein gré à s'enfermer dans un pays ennemi, peuplé de nations puissantes et inconnues , en s'ôtant tous les moyens d'échapper au danger par la fuite , et ne se réservant d'autre ressource que leur constance et leur valeur ' .

Rien alors ne retarda plus Cortez. L'ardeur de

(1) Relat. di Cortez. Ramus. III, ?25. B. Diaz, chap. 07, 58.Herrera, Decad. II, lib. V, cap. 14.

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1519 ses troupes et les dispositions de ses alliés étaient deux circonstances également favorables. Mais tous les avantages de cette dernière , quoique ménagés avec beaucoup d'adresse et de soin, furent sur le point de lui échapper par une saillie de ce zèle religieux qui , en plusieurs occasions , poussa Cortez à des actions inconsidérées , bien contraires à la prudence qui distinguait son caractère. Quoique jusque là il n'eût eu ni le temps ni la facilité de prouver aux Indiens l'absurdité de leurs superstitions l et de leur faire connaître les principes de la foi chrétienne , il ordonna à ses soldats de renverser les autels , de détruire les idoles du principal temple de Zempoalla , et d'élever à la place un crucifix et une image de la Vierge Marie. Cette violence inspira aux Indiens autant d'étonnement que d'horreur. Les prêtres leur firent prendre les armes; mais l'autorité de Cortez était si grande, et l'ascendant des Espagnols sur ces peuples déjà si puissant, que ce mouvement fut apaisé sans effusion de sang , et que la concorde fut bientôt parfaitement rétablie '.

Cortez commença sa marche et partit de Zempoalla le 16 août, avec cinq cents hommes , quinze chevaux et six pièces de canon de campagne. Le reste de ses troupes, composé principalement de ceux que l'Age ou la maladie rendait moins pro-

' i) 1>. Diaz, chap. \ r , £a. Herrera, Deead. IL tib. V, cap. 3, 4.

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