‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 139 sur 161 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

aux Mexicains et l'exemple de leurs anciens alliés 4519 les Zempoallans , pourraient les engager à le bien recevoir. Pour les y disposer, quatre Zempoallans des plus distingués de ceux qui l'accompagnaient furent envoyés aux ïlascalans pour demander, au nom de Cortez et de leur cacique , le passage sur les terres des Tlascalans pour se rendre à Mexico. Mais , au lieu de répondre favorablement à cette requête , les Tlascalans saisirent les ambassadeurs , et sans égard pour leur caractère se disposèrent à les sacrifier à leurs dieux. En même temps ils assemblèrent leurs troupes pour s'opposer à l'invasion de ces inconnus f s'ils tentaient de se faire un passage par force. Plusieurs motifs poussaient les habitants à cette résolution. Un peuple féroce , renfermé dans son pays , et presque sans communication au dehors , est disposé à considérer tout étranger comme ennemi , et court facilement aux armes. Le projet de Cortez de faire une visite à Montézuma dans sa capitale leur faisait croire , malgré toutes les protestations de l'étranger, qu'il recherchait l'amitié d'un monarque objet de leur haine et de leur crainte. Le zèle imprudent que Cortez avait montré en profanant les temples de Zempoalla remplissait les Tlascalans d'horreur ; et comme ils n'étaient pas moins superstitieux que les autres nations de la Nouvelle-Espagne, ils avaient la plus grande impatience de venger les insultes

4 519 faites à leurs dieux, et de se faire auprès de leurs idoles un mérite d'immoler ces hommes impies qui avaient osé profaner leurs autels. Ils méprisaient les Espagnols à raison de leur petit nombre, parce qu'ils nes'étaientpas encore mesurés avec ces étrangers, et qu'ils n'avaient aucune idée de l'avantage que peut donner la supériorité des armes et de la discipline. 3o août. Cortez, après avoir attendu quelques jours inu-

tilement le retour de ses envoyés , s'avança sur le territoire des Tlascalans. Les résolutions de ce peuple guerrier s'exécutaient avec la même promptitude qu'elles se formaient. Les Espagnols trouvèrent devant eux un corps de troupes destiné à les arrêter dans leur marche. Les Indiens attaquèrent avec une grande intrépidité , et dans la première action blessèrent quelques Espagnols , et leur tuèrent deux chevaux , perte fort considérable , parce qu'elle ne pouvait pas se réparer. Cet événement fit sentir à Cortez la nécessité de s'avancer avec précaution au milieu d'ennemis si courageux. L'armée marcha en bon ordre. On choisit des postes; on s'arrêta à propos; on se fortifia dans chaque camp. Durant quatorze jours les Espagnols essuyèrent des attaques presque continuelles , renouvelées sous diverses formes et par des corps nombreux , avec une bravoure et une persévérance dont ils n'avaient point encore vu d'exemple dans le Nouveau - Monde. Leurs histo-

Page 1