‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 15 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

îiers, lors même que ces opérations semblent n'annoncer que de la bizarrerie et du caprice ? que dans tous les âges et dans tous les pays la prédominance de certaines passions sera constamment suivie des mêmes effets. Le sauvage , soit d'Europe , soit d'Amérique , qu'agite la crainte superstitieuse des êtres invisibles, ou le désir inquiet de pénétrer dans l'avenir, éprouve également les mouvements de la terreur ou de l'impatience ; il a recours à des cérémonies et à des pratiques de même espèce, soit pour détourner le malbeur dont il se croit menacé , soit pour deviner le secret qui excite sa curiosité. Ainsi le rituel de la superstition sur un continent semble à plusieurs égards n'être que la copie de celui qu'on trouve dans l'autre hémisphère ; l'un et l'autre autorisent des institutions semblables, quelquefois si frivoles qu'elles n'excitent que la pitié, quelquefois si barbares et si sanguinaires qu'elles inspirent l'horreur. Mais sans avoir besoin de supposer aucune affinité entre des nations aussi éloignées , et sans imaginer que leurs cérémonies religieuses aient été transmises par tradition de l'une à l'autre, on peut attribuer cette uniformité, qui, en plusieurs cas, semble en effet très étonnante , à l'influence naturelle de la superstition et de l'en- L'Amérique

thousiasme sur la faiblesse de l'esprit humain. n'a Pas été

, AT , , ,. . . peuplée par

4 iSous pouvons établir comme un principe cer- une nat;on

tain dans cette discussion , que l'Amérique n'a été uès civilisée.

peuplée par aucune nation de l'ancien continent qui eût fait des progrès considérables dans la civilisation. Les habitants du Nouveau-Monde étaient dans un état de société si peu avancé qu'ils ignoraient les arts qui sont les premiers essais de l'industrie humaine \ Les nations même les plus civilisées de l'Amérique n'avaient aucune connaissance de plusieurs inventions simples , presque aussi anciennes que la société dans les autres parties du monde, et qu'on retrouve dans les premières époques de la vie civile. Il est manifeste par là que les tribus qui originairement ont passé en Amérique sortaient de nations qui doivent avoir été aussi barbares que leurs descendants l'étaient quand ils ont été découverts par les Européens ; car les arts de goût et de luxe peuvent bien décliner ou périr par les secousses violentes 9 les révolutions et les désastres auxquels les nations sont exposées; mais les arts nécessaires à la vie ne peuvent plus se perdre chez un peuple qui les a une fois connus ; ils ne sont sujets à aucune des vicissitudes des choses humaines , et la pratique en subsiste aussi

(i) Robertson dit lui-même le contraire en parlant dos Mexicains et des Péruviens; d'ailleurs les anciens monuments des nations américaines décrits par Clavigero, et de nos jours, par MM. le baron de Huinbofdt, Beulloch, Del rio (huiin\s de PaletKjuc) , par la société archéologique de Philadelphie ; etc. , prouvent d'une manière évidente que plusieurs ûàtioris américaines axaient anciennement fait d'assez grands progrès dans la civilisa lion. ( I). T-. \\.)

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