‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 141 sur 161 · LIVRE CINQUIÈME. 3oi · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. 3oi

et sortant de leur camp ? dispersèrent les Indiens 4 51 9 avec un grand carnage, avant même qu'ils eussent pu s'approcher. Convaincus par cette malheureuse expérience que leurs prêtres les avaient trompés , et qu'ils tenteraient inutilement de surprendre ou de vaincre leurs ennemis, lesTlascalans furent découragés , et commencèrent à désirer sérieusement la paix. Ils étaient pourtant incertains sur la manière dont ils traiteraient avec ces étrangers. Ils ne savaient quelle idée se former de leur caractère, ni s'ils devaient les regarder comme des êtres bons ou malfaisants. La conduite des Espagnols, en différentes circonstances, pouvaient donner d'eux ces opinions opposées ; d'un coté , ils avaient constamment renvoyé libres les prisonniers qu'ils avaient faits , nonseulement sans les maltraiter, mais souvent avec quelque présent des bagatelles d'Europe, et renouvelé leur proposition de paix après chaque victoire. Cette douceur étonnait des peuples accoutumés à la manière cruelle de faire la guerre établie parmi les Américains, qui sacrifiaient ou dévoraient sans pitié tous les prisonniers, et leur donnait une idée favorable de l'humanité de leurs vainqueurs. Mais d'un autre coté, Cortez ayant soupçonné des Tlascalans qui apportaient des provisions à son camp d'être des espions, en avait fait saisir cinquante, auxquels on avait coupé les mains ' . L'impression qu'avait faite sur

(i) Cortez, Rctal. llamus. III, 228. Gomara, Cran. cap. 48.

-15^9 les Indiens le spectacle de ces malheureux, jointe à la terreur que leur causaient les armes à feu et les chevaux , leur faisait regarder les Espagnols comme des êtres féroces '. Leur incertitude se montra dans la harangue que leurs députés firent à Cortez. « Si vous êtes, dirent-ils, des divinités d'une « nature cruelle et sauvage , nous vous offrons cinq « esclaves , afin que vous buviez leur sang et que « vous mangiez leur chair. Si vous êtes des divini- « tés plus douces , acceptez ces présents de parfums '(•et de plumes. Si vous êtes des hommes, voilà des « viandes , du pain et des fruits pour vous nourrir a. » La paix, que les deux partis desiraient également, fut bientôt conclue. Les Tlascalans se reconnurent vassaux de la couronne de Castille , et s'engagèrent à secourir Cortez dans toutes ses expéditions. Il prit la république sous sa protection , et promit de défendre leurs personnes et leurs biens contre toute agression. Ce traité fut conclu très a propos pour les Espagnols 3. Les fatigues du service pour un petit corps de troupes environné d'une multitude nombreuse d'ennemis ? étaient excessives. La

(f) Voyez la note io5.

(2) B. Diaz, ckap. 70. Gomara, Cran. cap. 47. Herrera, Decad. II, lib. VI, cap. 7.

(T Malgré les observations des nouveaux ambassadeurs que Montézuma avait envoyés à Cortez , et qui cherchaient à le détourner de cette alliance, en lui faisant craindre la perfidie <\vs Tlascalans dont ils mel taienl la conduite en opposition avec celle de leur souverain. Stor. ont. del Messico. (1). L. R

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