LIVRE CINQUIÈME. 3o
moitié des soldats étaient debout chaque nuit, et 4519 même ceux qui prenaient quelque repos dormaient tout armés, afin d'être prêts à courir à leur poste au premier signal. Plusieurs étaient blessés, et beaucoup d'autres, parmi lesquels on comptait Cortez lui-même, étaient attaqués d'une maladie particulière au climat, qui en avait fait périr un grand nombre depuis le départ de la Yera-Cruz. Malgré les provisions qu'ils recevaient des Tlascalans , ils manquaient souvent de vivres et se trouvaient dans un besoin si grand des choses les plus nécessaires pour un service si dangereux , qu'ils étaient réduits à panser leurs plaies avec un onguent fait de la graisse des Indiens qu'ils avaient tués1. Excédés de tant de fatigues et de souffrances , les Espagnols commençaient à murmurer; et lorsqu'ils réfléchissaient sur la multitude et le courage de leurs ennemis , ils étaient près de tomber dans le désespoir. Il fallait toute l'autorité et toute l'adresse de Cortez pour empêcher les progrès de ce découragement , et pour ranimer dans ses compagnons le sentiment de leur supériorité sur les hommes qu'ils avaient à combattre 2. La soumission des Tlascalans et l'entrée triomphante des Espagnols dans la capitale de la république , ou ils furent reçus comme des êtres au-
(i) B. Diaz, 'chap. 62 , 65.
(2) Cortez , Relat. Ramus. III , 229, B. Diaz, chap. 69. Gomara, Cron. cap. Sx.
3o4 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
1 51 9 dessus de l'homme, bannirent de leur mémoire le souvenir de leurs souffrances passées . dissipèrent leurs inquiétudes sur l'avenir, et leur persuadèrent qu'aucune force en Amérique ne pouvait désormais résister à leurs armes'.
Cortezs'oc- Cortez demeura vingt jours à Tlascala , pour çupe a gagnei doimer ^ ses troupes Quelques instants de repos
la confiance i t n r
des indiens, après un service aussi pénible. Pendant ce temps il s'occupa de soins importants au succès de ses projets. Par ses entretiens suivis avec les chefs des Tlascalans, il s'instruisit de l'état de l'empire du Mexique7 du caractère du souverain et de tous les détails qui pouvaient régler sa conduite , et le déterminer à agir en ami ou en ennemi. Gomme il reconnut que l'antipathie de ses nouveaux alliés pour les Mexicains était aussi forte qu'on le lui avait dit, et qu'il en pouvait tirer de puissants secours , il employa toute son adresse à gagner leur confiance , et il y i réussit facilement ; car les Tlascalans , avec la légè-
reté d'esprit naturelle à des hommes peu civilisés , étaient d'eux-mêmes disposés à passer en peu de temps de l'excès de la haine à la plus grande affection. Tout ce qu'ils voyaient des Espagnols excitait leur étonnement et leur admiration 2 ; et persuadés que ces étrangers avaient une origine céleste, ils s'empressèrent non -seulement de satisfaire à
(i) Cortez, Belat. Ramus, III, 2 3o. B. Diaz, chap. 72. (2) Voyez la note 10O.