‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 144 sur 161 · LIVRE CINQUIÈME* 3c · texte numérisé non relu

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pourrait lui-même réussir plus facilement à les ex- 1549 terminer, en les attaquant sous les yeux et sous la protection immédiate de ses divinités.

Cortez , avant de se mettre en marche , avait été Conspiraaverti par les Tlascalans de se défier des Cholu- ,10,n es Jl?"

* lulans cruel-

lans. Lui-même, quoique reçu dans la ville avec lement punie. beaucoup de témoignages apparents de respect et de cordialité, avait observé dans leur conduite diverses circonstances qui excitaient ses soupçons. Les Tlascalans étaient campés à quelque distance de la ville , parce que les Cholulans avaient refusé d'admettre dans leurs murs leurs anciens ennemis. Deux Tlascalans trouvèrent le moyen d'y entrer déguisés , et instruisirent Cortez qu'ils avaient remarqué qu'on faisait sortir toutes les nuits beaucoup de femmes et d'enfants des principaux citoyens, et qu'on avait sacrifié six enfants dans le principal temple , pratique ordinaire à ces peuples lorsqu'ils se préparaient à quelque expédition militaire. En même temps l'interprète Marina apprit d'une femme indienne de distinction, dont elle avait gagné la confiance , que l'on concertait la perte des Espagnols ; qu'un corps de troupes mexicaines était caché à peu de distance de la ville- qu'on barricadait les rues; qu'on creusait des fossés et des trous légèrement recouverts pour y faire tomber les chevaux ; qu'on faisait au haut des temples des amas de pierres et de traits; que l'heure fatale aux Esii. 20

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1519 pagnols s'approchait , et que leur destruction était inévitable. Cortez, alarmé par le concours de ces témoignages , fit arrêter secrètement trois des principaux prêtres , et tira d'eux une confession qui confirma les informations qu'il avait reçues. Il n'y avait pas un moment à perdre II résolut de prévenir ses ennemis, et d'exercer une vengeance si terrible, qu'elle effrayât à jamais Montézuma et ses sujets. Pour exécuter son projet , il assembla les Espagnols et les Zempoallans dans une cour ou place , vers le milieu de la ville , où ses quartiers étaient établis. Les Tlascalans eurent ordre de s'avancer. Il envoya chercher, sous divers prétextes, les magistrats et plusieurs des principaux citoyens. A un signal donné, les troupes se mirent en mouvement , et se précipitèrent sur la multitude qui, demeurée sans chef et surprise d'une attaque si imprévue , laissa échapper les armes de ses mains , et resta sans défense et sans mouvement. Tandis que les Espagnols les pressaient de front , les Tlascalansles attaquaient par derrière. Les rues furentinondées de sang et jonchées de morts; on mit le feu aux temples où s'étaient retirés les prêtres et quelquesuns des chefs, qui périrent sous les ruines et dans les flammes. Cette scène de carnage dura deux jours, pendant lesquels les malheureux habitants de Gholula souffrirent tous les maux que purent inventer la rage des Espagnols et la vengeance im-

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placable des Indiens, alliés de ces étrangers. A la \ 51 9 fin le carnage cessa , après le massacre de six mille Cholulans, sans qu'un seul Espagnol eut perdulavie. Cortez alors relâcha les magistrats, leur reprochant amèrement la trahison qu'ils avaient préparée , et leur déclarant que , comme sa justice était satisfaite, il pardonnait l'offense à condition qu'ils rappelleraient les citoyens qui s'étaient enfuis , et rétabliraient l'ordre dans la ville. Tel était l'ascendant des Espagnols sur les Indiens, et la persuasion que ces étrangers étaient plus puissants et plus éclairés qu'eux , que pour obéir aux ordres de Cortez la ville se remplit en peu de jours d'habitants, qui, parmi les ruines de leurs temples, rendirent les services les plus vils à ces mêmes hommes dont les mains étaient encore teintes du sang de leurs frères et de leurs concitoyens l .

De Cholula Cortez s'avança directement vers Mexico , qui n'en est éloignée que de vingt lieues. Partout ou il passait , il était reçu comme un homme assez puissant pour délivrer l'empire de l'oppression sous laquelle il gémissait. Les caciques ou gouverneurs, avec cette confiance illimitée qu'on accorde à des êtres supérieurs, lui faisaient connaître tous les sujets qu'ils avaient de détester la tyrannie de Montézuma. Lorsque Cortez s'aperçut

(1; Cortez, Relat. Ramus. III, a3r. B. Diaz , chap. 83. Gomara , Cron. cap. 64. Herrera, Decad. II, lib. VII, cap. 1,1. Voyez la note 107,

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4 519 pour la première fois qu'il y avait du mécontentement dans les provinces éloignées , il conçut quelque espérance ; mais , lorsqu'il vit que le souverain était haï de ses sujets jusque dans le cœur de ses états, il se regarda comme sûr de renverser un empire dont la constitution , attaquée dans sesprincipes mêmes, était d'ailleurs affaiblie par la division de ses forces. Tandis que ces réflexions soutenaient le courage du général dans une entreprise si hasardeuse, les soldats n'avaient besoin pour être animés que des objets qui frappaient leurs sens. A mesure qu'ils descendaient des montagnes de Chalco , que la route traversait , la vaste plaine de Mexico se découvrait par degré à leurs yeux. Cette campagne , une des plus belles du monde, ces champs cultivés et fertiles qui s'étendaient à perte de vue , ce lac qui ressemblait à une mer par son étendue, et qui était environné de grandes villes, enfin cette capitale qui s'élevait sur une île au milieu de ce lac, ornée de temples et de tours; tout ce spectacle frappa tellement leur imagination, que quelques-uns pensèrent que les descriptions fantastiques des romans étaient réalisées, et qu'ils avaient sous les yeux leurs palais enchantés et leurs dômes dorés. D'autres pouvaient à peine se persuader que ce spectacle étonnant fût autre chose qu'un rêve '. A mesure qu'ils avançaient , leurs

(i) Voyez la note 108.

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