LIVRE CINQUIÈME. 3 I
long entretien , dans lequel celui-ci apprit l'opinion 4 519 que le monarque s'était faite des Espagnols. L'empereur lui dit que 9 selon une tradition ancienne parmi les Mexicains , leurs ancêtres étaient venus originairement d'un pays éloigné , et avaient conquis l'empire du Mexique ; qu'après y avoir formé un établissement, le grand capitaine qui avait amené cette colonie était retourné dans son pays, en promettant que dans un temps à venir ses descendants reviendraient les visiter, reprendre les rênes du gouvernement , et réformer leur constitution et leurs lois ; que , par tout ce qu'il avait appris et vu des Espagnols . il était convaincu qu'ils étaient les descendants de ces premiers conquérants , dont la venue leur était annoncée par leurs traditions et leurs prophéties ; que dans cette persuasion il les avait reçus , non comme des étrangers , mais comme des parents formés du même sang, et qu'il les priait de se regarder comme maîtres de ses états; que ses sujets et lui-même seraient toujours prêts à exécuter leurs volontés , et même à prévenir leurs désirs. Cortez répliqua avec le ton du plus grand respect pour la dignité et le pouvoir de son souverain le roi d'Espagne : il parla des vues qu'avait eues ce prince en l'envoyant, s'efforçant, autant qu'il le pouvait, de concilier son discours avec l'idée que Montézuma avait des Espagnols .
(i)«Plusieurspersonnes éclairées, dit Acosta,(L VII, cap. 2 5) en parlant
3 I 8 HISTOIRE DE l'a3I£RIQUE.
1519 Le lendemain au matin , Cortez et ses principaux officiers furent admis à une audience publique de l'empereur. Les trois jours suivants furent employés à parcourir la ville , que les Espagnols ne purent voir sans admiration, et qu'ils trouvèrent supérieure à tout ce qu'ils avaient vu en Amérique, tant par le nombre de ses habitants que par la beauté de ses édifices , et par des particularités qui la rendaient absolument différente de toutes les villes d'Europe.
Mexico , appelé anciennement par les Indiens Tenuchtitlan ' , est situé dans une grande plaine environnée de montagnes assez hautes pour que son climat soit doux et sain, quoique sous la zone torride. Toutes les eaux qui descendent des hauteurs se rassemblent dans différents lacs , dont les deux plus grands, qui ont environ quatre-vingt-dix milles de circonférence, communiquent l'un avec l'autre; l'eau d'un de ces lacs est douce , celle de l'autre est saumâtre. C'était sur les bords de ce dernier et sur quelques îles voisines qu'était bâtie la capitale du
des premières conférences de Cortez avec Montézunin, pensent qu'en considérant l'état des choses à cette époque, il eût été facile aux Espagnols d'obtenir de l'empereur et de faire dans sou empire tout ce qu'ils auraient voulu, et de convertir ce souverain et ses sujets au christianisme, sans employer aucun moyen violent. » L'attachemenl de Montézuma el des Mexicains à leurs fausses divinités ne permet guèrt d'adopter l'opinion d'Aeosta. (D. L. R.)
(r) Elle s'appelait Tenochtitlan , suivant I.orenzana, (/lis/, de Nùep . Espa.) et suivant (llavigero. (Stor. ant. dvl Mess.) (1). L. R.)