LIVRE CINQUIÈME. 3î
établis dans la capitale sans aucune opposition ou- 4 549 verte de la part du monarque; les Tlascalans les avaient constamment détournés d'entrer dans une ville telle que Mexico, dont la situation singulière les livrerait à la merci de Montézuma, en qui ils ne pouvaient avoir aucune confiance, et d'où il leur serait impossible d'échapper. Ils avaient averti Cortez que si l'empereur s'était déterminé à les recevoir dans sa capitale, c'était par le conseil des prêtres , qui lui avaient indiqué au nom de leurs dieux ce moyen de détruire, en un coup et sans risque, tous les Espagnols '. Le général voyait alors trop clairement que les craintes des Tlascalans n'étaient pas sans fondement; qu'en rompant les ponts placés de distance en distance sur les chaussées ou qu'en détruisant quelques parties des chaussées elles-mêmes , sa retraite deviendrait impraticable, et qu'il demeurerait enfermé au milieu d'une ville ennemie, environné d'une multitude qui pouvait l'accabler sans qu'il pût recevoir aucun secours de ses alliés. A la vérité , Montézuma l'avait reçu avec de grandes marques de respect ; mais pouvaient-elles être sincères? Quand elles l'auraient été, qui pouvait lui répondre qu'elles se soutiendraient? Le salut des Espagnols dépendait de la volonté d'un prince sur l'attachement duquel ils n'avaient aucune raison de compter; un ordre donné
(i) B. Diaz, chap. 85, 86.
ZlO. HISTOIRE DE L' AMÉRIQUE.
^519 par caprice, un seul mot échappé dans la colère, pouvait décider irrévocablement leur perte \ inquiétude Ces réflexions , qui se présentaient au dernier des de Corte^1 ^ s°ldats i n'échappaient pas à leur général. Avant de partir de Cholula, il avait appris des Espagnols de Villa-Rica de la Vera-Cruz a 3que Qualpopoca % un des généraux mexicains , commandant sur la frontière , avait assemblé une armée , dans le dessein d'attaquer quelques-unes des provinces que les Espagnols avaient engagées à secouer le joug, et qu'Escalante avait marché au secours de ses alliés avec une partie de sa garnison ; que , dans un combat où les Espagnols étaient demeurés victorieux , Escalante et sept de ses soldats avaient été blessés à mort, que le cheval de ce commandant avait été tué , et qu'un Espagnol avait été enveloppé par les ennemis et pris vivant; que la tête du malheureux prisonnier avait été portée en triomphe dans différentes villes , pour faire voir aux Indiens que leurs ennemis n'étaient pas immortels , et envoyée ensuite à Mexico 4. Cortez , quoique alarmé de cet avis, qui lui faisait connaître les intentions hostiles de Montézuma , avait continué sa marche; mais il ne fut pas plutôt dans Mexico , qu'il s'aperçut de la faute où l'avaient jeté un excès de con-
(i) B. Diaz, cliap. «) i.
(2) Cortez, Rclat. Ranuis. III, 1 3 5. C«
Ci) Clavigcro l'appelle Quauhpopoca. (U. L. R.)
(/,) R. Diaz, cfmp. 93, 94. Herrera, Decad. II, lïb. FUI, cap. r.