LIVRE CINQUIÈME
du monarque, et les Mexicains se retirèrent par 4 5U) respect, comme ils avaient coutume de faire. Le général s'adressa alors au monarque d'un ton toutà-fait différent de celui qu'il avait employé dans les conférences précédentes. Il lui reprocha amèrement d'être l'auteur de l'attentat commis par un de ses officiers contre les Espagnols , et lui demanda une réparation publique pour la mort de quelques-uns de ses compagnons , ainsi que pour l'insulte faite au grand prince dont ils étaient les serviteurs. Montézuma - confondu de cette accusation inattendue , et changeant de couleur, soit qu'il fût coupable, soit qu'il ressentît vivement l'indignité avec laquelle on le traitait, protesta de son innocence avec une grande vivacité; et pour en fournir une preuve, ordonna sur-le-champ qu'on allât saisir Qualpopoca et ses complices , et qu'on les conduisît h Mexico. Cortez répliqua qu'une assurance aussi respectable que celle que lui donnait l'empereur le persuadait entièrement , mais qu'il fallait quelque chose de plus pour rassurer ses compagnons , qui persisteraient à penser que Montézuma agissait comme leur ennemi, s'il ne leur donnait une preuve de sa confiance et de son attachement en quittant son palais et en venant faire sa résidence au milieu des Espagnols , où il serait servi avec tous les égards dus à un grand monarque. A cette étrange proposition , Montézuma demeura il. 11
^i 54 9 muet et presque sans mouvement. Enfin, ranimé par l'indignation , il répondit avec hauteur que les personnes de son rang n'étaient pas accoutumées à se rendre elles-mêmes prisonnières, et que, quand même il aurait la faiblesse d'y consentir, ses sujets ne souffriraient pas qu'on fît un pareil affront à leur souverain. Cortez , voulant éviter les moyens de violence , s'efforça tour à tour de l'adoucir et de l'intimider. La dispute devint vive; il y avait plus de trois heures qu'elle durait, lorsque Velasquez de Léon, jeune homme brave et impétueux, s'écria : « Pourquoi perdre le temps en vaines pa- (f rôles ? Qu'il se laisse conduire, ou je lui perce le « cœur. » La voix menaçante dont l'Espagnol prononça ces mots , et le geste terrible dont il les accompagna, frappèrent Montézuma de terreur1. Il voyait bien que les Espagnols s'étaient trop avancés pour reculer. Le danger qui le menaçait était pressant; la nécessité de prendre un parti inévitable; il sentit la force de ces circonstances, et s'abandonnant à sa destinée, il céda a la volonté des Espagnols.
Montézuma Ses officiers furent appelés. Il leur communiqua estconduit1au sa résolution. Malgré l'étonnemcnt et la douleur
qi mil 1er des °
Espagnols. dont ils étaient pénétrés, aucun d'eux n'osa faire une question à l'empereur. Ils le conduisirent eu
(i) Marina qui se trouvait auprès de Montézuma pendant le monologue dcVélasquez, en interpréta le sens à ce prince d'après sa detoandei (I). L. K.)
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silence et baignés de larmes au quartier des Espa- \ 5:4 9 gnols. A peine sut-on dans la ville que les étrangers emmenaient l'empereur, que le peuple, s'abandonnant à tous les transports de la douleur et de la rage , menaça d'exterminer sur-le-champ les Espagnols pour les punir de leur audace impie. Mais lorsqu'ils virent Montézuma paraître avec l'air de la gaîté sur le visage , et leur faire signe de la main, le tumulte s'apaisa, et quand il eut déclaré que c'était de son propre choix qu'il allait résider pour quelque temps au milieu de ses amis , la multitude, accoutumée à respecter les moindres signes de la volonté de son souverain , se dispersa tranquillement '.
Ce fut ainsi qu'un monarque puissant se vit , au milieu de sa capitale, saisi, en plein jour, par une poignée d'étrangers , et emmené prisonnier, sans résistance et sans combat. L'histoire ne présente rien qu'on puisse comparer à cet événement, soit pour la témérité de l'entreprise, soit pour le succès de l'exécution; et si toutes les circonstances de ce fait extraordinaire n'étaient pas constatées par les témoignages les plus authentiques, elles paraîtraient si extravagantes et si incroyables, qu'on n'y trouverait pas le degré de vraisemblance nécessaire pour les admettre même dans un roman.
(i) B. Diaz, chap. 90. Gomara, Chron. cap. 8 S. Cortez, Relat. Ramiis. III, p. 2 35, 2 36. Herrera , Decad. Il, lié. VHI, cap. 2,3.
4519 Montézuma fut reçu dans le quartier des Espa^ U est reçu gno}s avec toutes les marques de respect qu'avait
avec des ap- . . l *
pareuces de promises Cortcz. Ses domestiques vinrent l'y servir respect a [a manière accoutumée. Ses principaux officiers
eurent un libre accès auprès de sa personne , et il exerça toutes les fonctions du gouvernement comme s'il eût été en parfaite liberté. Les Espagnols le gardaient cependant avec toute la vigilance que méritait un prisonnier de cette importance % en s'efforcant d'ailleurs d'adoucir l'amertume de sa situation par toutes les marques extérieures de respect et d'attachement; mais l'heure de l'humiliation et de la douleur n'est jamais bien loin d'un prince Ensuite captif. Qualpopoca ? son fils et cinq des princi-
exposé à de • • i • r . > i
1 „ paux qui servaient sous lui, turent amenés dans
cruelles in- r T.
suites. la capitale en conséquence des ordres donnés par l'empereur. Montézuma les livra à Cortez , afin qu'il pût constater leur crime et en prononcer la punition. Ils furent jugés par un conseil de guerre espagnol , et quoiqu'ils n'eussent fait que remplir le devoir de fidèles sujets et de braves gens , en obéissant aux ordres de leur légitime souverain , et en combattant les ennemis de la patrie , ils furent condamnés à être brûlés vifs. L'exécution d'actes aussi atroces est rarement suspendue. Les malheureuses victimes furent envoyées sur-le-champ au supplice. On forma leur bûcher de toutes les
[r) Voyez la noie roc).