LIVRE CINQUIEME
armes amassées dans les arsenaux du roi pour la dé- 4519 fense publique. Un peuple innombrable vit avec un muet étonnement la double insulte faite à la majesté de son empire; un de ses généraux livré aux flammes par une autorité étrangère, pour avoir rempli son devoir envers son souverain , et le même feu consumer à ses yeux les armes assemblées par la prévoyance de ses ancêtres pour la défense publique.
Mais une insulte plus cruelle encore était réservée au malheureux Montézuma. Convaincu que Qualpopoca n'eût jamais osé attaquer Escalante s'il n'en avait eu l'ordre de son maître, Cortez ne fut pas satisfait de la vengeance qu'il venait de tirer de celui qui avait été l'instrument du crime , et n'en voulait pas laisser le premier auteur impuni. Un moment avant d'envoyer Qualpopoca au supplice, il entra dans l'appartement de Montézuma , suivi de quelques officiers et d'un soldat qui portait des fers, et s'approchant du monarque avec un air sévère , il lui dit que les criminels qui allaient subir leur supplice l'avaient accusé d'être le premier auteur de leur attentat, qu'il était nécessaire qu'il expiât sa faute, et se tournant brusquement sans attendre de réplique, il ordonna au soldat de lui mettre les fers aux pieds. L'ordre fut exécuté surle-champ. Le malheureux monarque nourri dans l'idée que sa personne était inviolable et sacrée ,
33o HISTOIRE DE l'aMÉRIQUE.
1519 et considérant cette profanation comme un avantcoureur de sa mort prochaine, exhala sa douleur en plaintes et en gémissements. Ses courtisans, muets d'horreur, tombèrent à ses pieds, les baignèrent de larmes, et, soutenant ses fers, s'efforçaient avec une tendresse respectueuse d'en rendre le poids plus léger. Leur douleur et leur désespoir ne se calmèrent que lorsque Gortez , revenu de l'exécution de Qualpopoca avec une contenance satisfaite, ordonna qu'on ôtât les fers à Montézuma. Ce prince , qui d'abord avait montré une faiblesse indigne d'un homme , se livra sur-le-champ à une joie indécente, et passa sans intervalle de l'excès du désespoir aux transports de la reconnaissance et de la tendresse envers ses libérateurs. Raisons de Ces faits , tels qu'ils sont racontés par les histo-
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riens espagnols eux-mêmes , s accordent peu sans doute avec les qualités qui distinguent Cortez dans d'autres parties de sa conduite. Exercer un droit qui ne peut appartenir à un étranger, lequel ne se donnait lui-même que comme l'envoyé d'un souverain étranger; infliger une peine capitale et un supplice cruel à des hommes dont la conduite méritait son estime, paraît un acte de cruauté barbare ; mettre aux fers le monarque d'un grand royaume, et après lui avoir fait essuyer un traitement si ignominieux lui rendre la liberté, <Vs( faire du pouvoir l'abus 1<> plus étrange.