LIVRE CINQUIÈME. 33 I
On n'explique cette conduite qu'en disant que 4519 Cortez , enivré de ses succès , et présumant tout de l'ascendant qu'il avait pris sur les Mexicains , ne trouvait rien de trop hardi à entreprendre, ni de trop dangereux a exécuter. Mais , à voir la chose d'un certain coté , ses procédés ? quoique contraires à la justice et à l'humanité, peuvent avoir été dictés par la même politique artificieuse que le général semble avoir constamment suivie. Aux yeux des Mexicains , les Espagnols avaient paru des êtres audessus de l'homme. Il était de la plus grande importance pour Cortez de nourrir cette erreur et de maintenir le respect qui en était la suite. Cortez voulait persuader aux Indiens que le meurtre d'un Espagnol était le plus grand des crimes > et rien ne lui paraissait plus propre à établir cette opinion que de condamner à une mort cruelle les premiers Mexicains qui avaient osé le commettre, et d'obliger leur souverain lui-même à se soumettre à une punition honteuse pour expier la part qu'il avait eue au crime de ses sujets1.
La rigueur avec laquelle Cortez traita les mal- Augmentaheureux Mexicains qui avaient osé les premiers 10n , ll 1)0U"
1 l voir de Cortez.
porter leurs mains sur les Espagnols paraît avoir produit l'effet qu'il en attendait. Montézuma demeura abattu et soumis. Durant six mois que Cortez passa à Mexico, le monarque continua de rester
(r) Voyez la note no.
.I5jg dans le quartier des Espagnols, avec l'apparence de la tranquillité et de la satisfaction , comme si ce séjour eût été de son choix. Ses ministres et ses domestiques le servaient à leur manière accoutumée. Il prenait connaissance de toutes les affaires. Tous les ordres se donnaient en son nom. L'aspect du gouvernement paraissait le même ; et , comme toutes les formes anciennes subsistaient, la nation, qui ne s'apercevait d'aucun changement , continuait d'obéir au monarque avec la même soumission et le même respect. Les Espagnols avaient inspiré à Montézuma et à ses sujets tant de crainte ou de respect , qu'il ne se fît pas une seule tentative pour délivrer le souverain ; Cortez même se confiant sur l'ascendant qu'il avait pris, permettait à Montézuma non-seulement d'aller aux temples, mais même de chasser au-delà des lacs, accompagné d'un petit nombre de soldats espagnols qui suffisaient pour en imposer à la multitude, et s'assurer du roi prisonnier1.
Ainsi Cortez s'étant rendu maître de la personne de Montézuma , son heureuse témérité valut tout d'un coup aux Espagnols une autorité plus étendue dans l'empire du Mexique qu'il ne leur eût été possible de l'acquérir avec beaucoup de temps à force ouverte; et ils exercèrent, sous le nom de l'empereur, un pouvoir bien plus absolu que celui
(i) Cortez, Relut. p. a36. F. B. Diaz, chap. 97 , <jS , 99.