LIVRE CINQUIÈME
dont ils auraient pu faire usage en leur propre nom. i\ 51 9 Les moyens employés par les nations civilisées pour soumettre celles qui le sont moins ont été à peu près les mêmes dans tous les temps. Le système de cacher une usurpation étrangère en empruntant le nom des souverains naturels d'un pays, d'employer les magistrats et les formes établies pour introduire une domination nouvelle , artifices que nous sommes disposés à regarder comme des inventions subtiles de la politique moderne ; ce système , dis-je , est bien plus ancien qu'on ne pense, et a été mis en usage avec succès dans l'Occident long-temps avant qu'il ait été pratiqué en Orient.
Cortez mit à profit tous les avantages que lui don- Usage qu'il nait le pouvoir qu'il avait obtenu par les moyens qu'on vient d'exposer. Il envoya quelques Espagnols qu'il jugea les plus propres à cette commission dans les différentes parties de l'empire , accompagnés de Mexicains qu'avait nommés l'empereur pour leur servir en même temps de guides et de défenseurs. Ils parcoururent un grand nombre de provinces, en examinèrent le sol et les productions , observèrent avec un soin particulier les districts qui fournissaient de l'or et de l'argent, reconnurent différents endroits propres à recevoir des colonies de leur nation , et s'efforcèrent de préparer les esprits à se soumettre au joug de l'Espagne, tandis que Cortez, au nom et par l'autorité de Montézuma, ôtait les
4 519 emplois aux principaux officiers de l'empire, dont les talents ou l'esprit d'indépendance lui faisaient craindre quelque résistance à ses volontés, et mettait à leur place des hommes moins éclairés ou plus disposés à la soumission.
Une autre précaution lui était encore nécessaire pour son entière sûreté. Il fallait qu'il fût assez maître du lac pour assurer sa retraite, dans le cas où les Mexicains, soit par impatience du joug, soit simplement par légèreté, prendraient les armes contre lui, et rompraient les ponts ou les chaussées. Son adresse et la facilité de Montézuma le mirent en état d'exécuter ce dessein. Ln entretenant souvent son prisonnier de la marine européenne et de l'art merveilleux de la navigation , il excita sa curiosité et lui fit désirer de voir ces palais mouvants qui, sans le secours des rames, marchent et se dirigent sur les eaux. Pour cet effet, Cortez lui persuada d'envoyer quelques-uns de ses propres sujets, pour transporter à Mexico une partie des agrès de la flotte déposés à la Vera-Cruz, et d'en employer d'autres à couper et à préparer des bois. Avec leur assistance les charpentiers espagnols eurent bientôt construit deux brigantins , qui furent pour Montézuma un frivole amusement, et pour Cortez une ressource assurée s'il était oblige de se retirer.
Enhardi par ianl de preuves de In soumission