‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 155 sur 161 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

servile du monarque à toutes ses volontés, Gortez 4519 osa le mettre à une épreuve encore plus forte. Il pressa Montézuma de se reconnaître vassal du roi de Castille, tenant sa couronne de lui, et de lui payer un tribut annuel. Montézuma se soumit encore à ce sacrifice , le plus humiliant qu'on pût exiger d'un souverain absolu. Les grands de l'empire furent appelés. Montézuma dans une harangue leur rappela les traditions et les prophéties qui annonçaient depuis long-temps l'arrivée d'un peuple de la même race qu'eux, et qui devait prendre possession du pouvoir suprême; il leur déclara qu'il croyait que les Espagnols étaient ce peuple, qu'il reconnaissait les droits de leur souverain sur l'empire du Mexique, qu'il voulait mettre sa couronne à ses pieds et être désormais son tributaire. En prononçant son discours, le malheureux prince laissa voir combien il était douloureusement affecté du sacrifice qu'on le forçait de faire. Les soupirs et les larmes lui coupèrent souvent la parole. Malgré l'abattement de son esprit et de son courage, il conservait encore assez du sentiment de sa dignité pour éprouver les angoisses qui déchirent le cœur d'un souverain forcé de se dépouiller du pouvoir suprême. Aux premiers mots qui firent connaître sa résolution, l'assemblée fut frappée d'un muet étonnement, et bientôt après il s'éleva un murmure confus qui exprimait à la fois la douleur et l'indignation,

1519 Les Mexicains parurent vouloir se porter à quelque % mouvement de violence. Cortez le prévint à propos en déclarant que les intentions de son maître n'étaient point de priver Montézuma de sa couronne , ni d'apporter aucune innovation dans la constitution et les lois de l'empire. Cette assurance, soutenue de la crainte qu'inspiraient les Espagnols et de l'exemple de soumission que donnait l'empereur lui-même, arracha à l'assemblée un consentement forcé'. Cet acte de foi et hommage envers la couronne d'Espagne fut accompagné de toutes les solennités qu'il plut aux Espagnols de prescrire a. Trésors Montézuma y sur la demande de Cortez , y joignit amasses par un pr^sent magnifique pour son nouveau suzerain, gnois. et ses sujets, à son exemple, fournirent aussi très libéralement à une contribution. Les Espagnols rassemblèrent tout ce que leur avait donné volontairement Montézuma, et tout ce qu'ils avaient extorqué des Mexicains sous divers prétextes. On fondit l'or et l'argent, et ces métaux, sans parler des bijoux et ornements de diverses espèces que l'on conserva tels qu'ils étaient pour la beauté du travail , montèrent ensemble à six cent mille pesos3. Les soldats attendaient avec impatience qu'on en fît le

(i) Voyez la note m.

(2) Cortez, Relat. 2 38. D. B. Diaz, chap. 101. Gomara, Cran. cap. 92. Ilcrrcia, Decad. If, lib. X , cap. \.

(3) Environ 2,5oo,ooo livres, le pesos valant à peu pies ; liv. el quelques sous de notre monnaie.

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