‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 159 sur 161 · II · texte numérisé non relu

II

miner les

Espagnols.

\ 520 vriers mexicains pour couper des bois sous la direction de quelques charpentiers espagnols , et Cortez se flatta que dans cet intervalle il pourrait trouver des moyens de détourner le danger ou de recevoir des renforts qui le mettraient en état de le braver '.

(r) Presque tous les historiens espagnols affirment que lorsque Montézuma fit appeler Cortez pour lui intimer l'ordre de partir, ce prince avait levé secrètement une armée , afin d'être en mesure d'employer la force si cela devenait nécessaire, pour contraindre le général espagnol à lui obéir. Mais ils diffèrent beaucoup entre eux sur le nombre des troupes mises sur pied : tandis que les uns le portent à cent mille , et d'autres à cinquante mille, il en est qui le réduisent à cinq mille. Je suis convaincu, dit Clavigero, que ces troupes furent levées, non par ordre de Montézuma, mais par celui de quelques nobles mexicains, qui prenaient à cette affaire un intérêt plus vif que l'empereur lui-même.

Note i? page 7.

Les géographes diffèrent entre eux sur l'étendue respective de l'Asie et de l'Amérique. Nous croyons devoir extraire du Compendio di Geografia universelle de M. Adrien Balbi , auquel nous avons déjà fait d'autres emprunts, deux tableaux comparatifs qui feront connaître la divergence des opinions à ce sujet.

Milles carrés de i5 au degré.

Suivant Hassel, l'Asie avec l'Océanie a 760,057

— Grœberg, id. sans l'Océanie occidentale 641.093

— Tempîemann, id 721,780

— Stein, ;tf. 768, o57

Stein, (Dictionnaire) id 768,057 et 641,093

— Fabri,/tf 640,000

— Ba,bi* id 768,750

Suivant Hassel et Stein, l'Amérique a 753, 000

Grceberg, id 74^,600

— Tempîemann, id., sans les terres pol 675560

— Stein, (Dictionnaire) id 753,ooo et65r,i62

— Morse, id. 65f, 162

Manriert , id. en présentant lui-même cette évaluation comme exagérée, plus de . r, 000 000

— Ba,bi> id '75o'ooo

Lieues moyennes carrées de 26 au degré

M. L. de¥reyàr\et( Voyage aux terres australes), p. ro7,

donne à l'Asie '0,200,000

à l'Amérique 2,160,000

Note ii, page 7.

Kobcrtson dit que les montagnes d'Amérique sont beaucoup plus liantes que celles des autres divisions du globe. Cette assertion est inexacte; mais il n'est pas étonnant que Robertson se soit trompé à ce sujet, puisqu'on ne connaissait pas de son temps la hauteur des monts Himalaya dans le Thibet.

Voici le tableau comparé des principales chaînes de montagnes du monde : nous l'avons extrait du Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent , par MM. de Humboldt etBonpland : Relation hislor, in-i°7 tom. JM,jjag. 192.

ÎVOHJ DKS GlUÏHliS Dl. HO.VIAl.SI.S.

Himalaya (Thibet) entre lat.

bor. 3o" 18 et 3i° 53 et long. 75o 23' et 770 38' .

Cordillères des Andes, entre lat. bor. 5° et2°auslr. .

Alpes de la Suisse

Pyrénées

Chaîne du littoral de Venezuela

Groupe des montagnes de la Parime

Groupe des montagnes du Brésil

Plus hautes cimes,

4,026 tois.

i,3oo

Hauteur movrii' u« des crêtes.

2,4^0 tois.

5oo

Rapport de la hauteur iuoycuD< des crêtes à celie des cimes les plu»

élevées.

M. le baron de Humboldt pense qu'on se tromp<

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 3/j5

rait étrangement si l'on jugeait de la hauteur d'une chaîne de montagnes uniquement d'après la hauteur des sommets les plus élevés ; et c'est en se fondant sur ce principe qu'il a donné dans le tableau ci-dessus les hauteurs non-seulement des plus hautes cimes, mais encore celles de l'élévation moyenne des crêtes , en comparant l'ensemble de ses mesures avec celles de Moorcroft , Webb et Hodgson , de Saussure et de Ramond. En effet, dit ce savant voyageur, le pic de l'Himalaya ' , le plus exactement mesuré , est de 676 toises plus haut que le Chimborazo , le Chimborazo de 900 toises plus haut que le Mont-Blanc , et le Mont-Blanc de 633 toises plus haut que le picNethon \ Ces différences ne donnent pas les rapports de la hauteur moyenne de l'Himalaya , des Andes , des Alpes et des Pyrénées, c'est-à-dire la hauteur du dos des montagnes, sur lequel s'élèvent des pics , des aiguilles, des pyramides ou des dômes arrondis. C'est la partie de ce dos où se pratiquent les passages qui fournit une mesure précise du minimum de hauteur qu'atteignent les grandes chaînes. ( D. L. R. )

Note m, page 8.

Le pic de Ténériffe n'a , suivant Borda et Pingre , que 1,904 toises; M. Cordier, qui l'a mesuré postérieurement, lui donne la même hauteur, à très peu

(r) Le Pic Jevvahir lat. 3o° 22' 19". Long. 770 35' 7" à l'or, de Paris a 4,026 toises, d'après MM. Hogdson et Herbert. H...ldt.

(2) On l'appelle aussi Anethon, ou Malahila, ou Pic oriental de Maladetta; c'est la plus haute cime des Pyrénées; il a 1787 toises de hauteur. H...ldf.

de différence près, et M. le baron de Humboldt évalue son élévation à \ ,909 toises. Ce pic est donc plus élevé que la cime la plus haute des Pyrénées ; mais il est inférieur aux Alpes et aux monts Himalaya. Nous ajouterons qu'on ne peut le comparer aux montagnes de l'Afrique dont la hauteur n'est pas connue.

Note iv , page 8.

Suivant M. de Gassini, la plus grande hauteur des Pyrénées est de 6,646 pieds ; celle du mont Gemmi, dans le canton de Berne, est de 10,110 pieds. Le père Feuille dit que, suivant sa mesure, le pic de Ténériffe a 13,178 pieds de hauteur; la hauteur du Chimborazo , la partie la plus élevée des Andes , est de 20,280 pieds. Voyages de D. J. Ulloa, Observations astron. etphys.,tom. \\,pag. 114. La partie du Chimborazo qui est toujours couverte de neige n'a pas moins de 2,400 pieds à partir du sommet. Prévôt, Histoire gén. des Voyages , vol. Wll, pag. 636. Voyez les notes 35 et 36. (Voy. les deux notes précédentes.)

Note v , page 8.

Comme une description particulière fait une plus forte impression que des assertions générales, je placerai ici une Notice sur la rivière de la Plata donnée par un témoin oculaire , le père Cattaneo, jésuite de Modène, qui arriva à Buenos-Ayres en 1749, et qui décrit ainsi les sentiments qu'il éprouva à la première vue de ces objets nouveaux. « Lorsque j'étais en Eu-

« rope et que je lisais dans les livres de géographie « ou d'histoire que l'embouchure de la rivière de la « Pjata avait 150 milles de largeur, je regardais ce « récit comme une exagération , parce que nous « n'avons dans notre hémisphère aucune rivière qui « approche de cette grandeur. Mon plus grand désir « en approchant de son embouchure fut de vérifier « par moi-même l'exactitude de ce fait, et j'ai trouvé « qu'on l'avait rendu avec fidélité : ce que je conclus « particulièrement d'une circonstance. Lorsque nous « partîmes de Monte-Video, qui est un fort situé à plus « de 100 milles de l'embouchure de la rivière et où « sa largeur est considérablement diminuée , nous « naviguâmes un jour entier avant de découvrir le « bord opposé de la rivière. Lorsque nous nous trou- « vâmes au milieu du canal, nous ne pûmes discerner « ni l'une ni l'autre rive et ne vîmes que le ciel et « l'eau , comme si nous avions été dans quelque « grand océan. Nous aurions même pensé être en « pleine mer, si la douceur de l'eau de cette rivière, « qui est aussi trouble que celle du Pô , ne nous « eût pas convaincus du contraire. A Buenos-Ayres « même, qui est à 100 milles plus haut, et où la rivière « est bien moins large encore , il est impossible de « rien distinguer sur la rive opposée , qui à la vérité « est fort basse et fort plate : on ne peut pas seule- « ment voir les maisons ni les tours de l'établissement « portugais de Colonia qui se trouvent à l'autre bord. » Lettera prima , publiée par Muratori , dans son Chrislianesimo felice, etc. I, pag. 257.

Note vi, page i5.

Terre-Neuve , une partie de la Nouvelle-Ecosse et le Canada se trouvent dans le même parallèle de latitude que le royaume de France, et dans ces pays l'eau des rivières est glacée pendant l'hiver à plusieurs pieds d'épaisseur ; la terre y est couverte d'une couche de neige aussi épaisse ; la plupart des oiseaux quittent pendant cette saison un climat où ils ne pourraient pas vivre. Le pays des Esquimaux, une partie de la côte de Labrador, et les pays qui se trouvent au midi de la baie d'Hudson , sont sur le même parallèle que la Grande-Bretagne ; cependant le froid y est si excessif que les Européens même , malgré toute leur industrie, n'ont pas tenté de les cultiver.

Note vu, page 16.

Acosta est, je crois, le premier philosophe qui ait cherché à rendre raison des différents degrés de chaleur dans l'ancien et le nouveau continent par l'action des vents qui régnent dans l'un et dans l'autre. Hist. moral. y etc., lib. II et III. M. de Buffon a adopté cette théorie , qu'il a non-seulement rectifiée par de nouvelles observations, mais qu'il a même embellie et mise dans un jour plus frappant avec son éloquence ordinaire. On ajoutera ici quelques remarques qui pourront éclaircir encore une doctrine très importante dans les recherches sur la température des différents climats.

Lorsqu'un vent froid souffle sur un pays, il doit en passant lui enlever une partie de sa chaleur, et par la

même perdre une partie de sa froideur. Mais s'il continue à souffler dans la même direction, il passera par degrés sur une surface déjà refroidie, et ne pourra bientôt plus perdre de son âpreté. Si donc il parcourt un grand espace , il y apportera tout le froid d'une forte gelée.

Si le même vent parcourt l'étendue d'une mer vaste et profonde , la superficie de l'eau sera d'abord refroidie à un certain degré, et le vent se trouvera réchauffé à proportion. Mais l'eau plus froide de la surface , devenant spécifiquement plus pesante que l'eau plus chaude qui est au-dessous, descend, et celle qui est plus chaude prend sa place : celle-ci , se refroidissant à son tour , continue à échauffer le courant d'air qui passe par-dessus et en diminue la froideur. L'action mécanique du vent et le mouvement de la marée contribuent à opérer ce changement successif de l'eau de la surface et l'élévation de celle qui est plus chaude , et par conséquent le refroidissement successif de l'air.

Cela continuera de même , et F âpreté du vent diminuera jusqu'à ce que toute l'eau soit refroidie , au point que la surface ne soit plus assez agitée par l'action du vent pour qu'elle ne puisse se glacer. Partout où la surface se gèle, le vent n'est plus réchauffé par l'eau intérieure, et il continue alors à souffler avec le même degré de froid.

Cestd'après ces principes qu'on peut expliquer les fortes gelées dans les grands continents, la douceur des hivers dans les petites îles, et le froid excessif des

hivers dans ces parties de l'Amérique septentrionale qui nous sont le mieux connues. Dans les lieux qui sont au nord-ouest de l'Europe , la rigueur de l'hiver est modérée par les vents d'ouest, qui soufflent assez constamment pendant les mois de novembre, de décembre et une partie de janvier.

D'un autre coté, lorsqu'un vent chaud souffle sur terre , il en échauffe la surface , qui par conséquent doit cesser de diminuer la chaleur du vent. Mais lorsque ce même vent souffle sur les eaux , il les agite, fait monter celle d' en-bas qui est plus froide et continue ainsi à perdre de sa chaleur.

Mais la principale cause de cette propriété de la mer de modérer la chaleur du vent ou de l'air qui passe dessus, c'est que la surface de la mer, attendu la transparence de l'eau, ne peut pas être échauffée à un degré considérable par les rayons du soleil ; au lieu que la terre qui est exposée à leur action acquiert bientôt une grande chaleur. Ainsi lorsque le vent parcourt un continent de la zone torride, il devient bientôt d'une chaleur insupportable ; mais en passant sur une vaste étendue de mer il se rafraîchit par degrés; de sorte qu'en arrivant à la cote la plus éloignée il devient de nouveau propre à la respiration.

Ces principes peuvent nous aider à expliquer la cause des chaleurs étouffantes des grands continents de la zone torride , du climat tempéré des îles qui so trouvent à la même latitude , de la chaleur plus forte qu'on éprouve pendant l'été dans les grands continents situés sous les zones tempérées ou plus froides,

en comparaison de celles qu'on éprouve dans les îles. La chaleur d'un climat dépend non-seulement de l'effet immédiat des rayons du soleil , mais encore de leur action continue et de la chaleur qu'ils ont déjà produite antérieurement , et dont la terre demeure imprégnée pendant quelque temps : c'est pour cela qu'on éprouve dans le jour la plus grande chaleur vers les deux heures après midi , que les grandes chaleurs de l'été se font sentir vers le mois de juillet, et que le froid est ordinairement plus vif en hiver vers le milieu de janvier.

La température modérée des parties de l'Amérique qui se trouvent sous l'équateur provient des forêts qui les couvrent et qui empêchent les rayons du soleil d'échauffer la terre. Le sol, n'étant point échauffé, ne peut pas à son tour échauffer l'air , et les feuilles qui interceptent les rayons du soleil ne sont pas d'un volume suffisant pour absorber la quantité de chaleur nécessaire pour opérer cet effet. On sait d'ailleurs que la force végétative d'une plante produit dans les feuilles une perspiration proportionnée à la chaleur à laquelle elles sont exposées , et par la nature de l'évaporation cette perspiration produit dans les feuilles un degré de froid proportionnel à la perspiration. Ainsi donc l'effet de la feuille pour échauffer l'air qui est en contact avec elle est prodigieusement diminué. Ces observations, qui jettent un nouveau jour sur ce sujet intéressant, m'ont été communiquées par mon ami, M. Robison, professeur de physique à l'université d'Edimbourg.

Note vin , page 16.

Deux grands naturalistes, Pison et Marggrav, nous ont donné la description du climat du Brésil qu'ils avaient observé avec une précision philosophique que nous désirerions de retrouver dans les relations de plusieurs autres provinces de l'Amérique. Tous deux disent qu'il est doux et tempéré en comparaison du climat de l'Afrique , ce qu'ils attribuent principalement au vent frais de la mer qui souffle constamment. L'air y est non-seulement frais pendant la nuit, mais même assez froid pour obliger les habitants à faire tous les soirs du feu dans leurs cabanes. Piso , de Medicinâ Brasiliensi , Ub. I, pag. 1 , etc. Margravius , Hist. rerum nat. Brasilia? Ub. VIII , cap. 3 , pag. 264. Ce fait se trouve confirmé par Nieuhoff qui a long-temps résidé dans le Brésil. Churchill' s Collect., vol. II , pag. 26. Gumilla , qui a passé , comme missionnaire, plusieurs années dans le pays qu'arrose l'Orénoque , nous fait le même rapport sur la température de son climat, Histoire de V Oréno'que , tom. I, pag. 2Q. Le P. d'Acugna dit avoir beaucoup souffert du froid sur les bords de la rivière des Amazones. Relat., vol. II, pag. 56. M. Biet , qui a vécu longtemps à Cayenne , parle de même de la température de ce climat et l'attribue à la même cause. Voyage de la France équinox. , pag. 330. Rien ne peut être plus différent de ces descriptions que celle que M. Adanson nous a donnée de la chaleur brûlante de la cote d'Afrique. Voyage au Sénégal s passim.

La forme de l'extrémité méridionale de l'Amérique

paraît être la cause la plus sensible et la plus probable du degré excessif du froid qu'on ressent dans cette partie du continent. Sa largeur diminue^ à mesure qu'il s'étend du cap Saint-Antoine vers le sud, et ses dimensions sont fort rétrécies depuis la baie de Saint- Julien jusqu'au détroit de Magellan. Ses cotes orientales et occidentales sont baignées par l'océan Atlantique et par la mer du Sud. Il est probable qu'une vaste mer s'étend depuis sa pointe méridionale jusqu'au pôle antarctique 1. Dans quelque direction que souffle le vent , il se trouve rafraîchi avant d'arriver aux terres Magellaniques, en traversant une immense étendue d'eau , et la terre y occupe un espace trop peu considérable pour pouvoir réchauffer le vent à son passage. Ce sont ces circonstances qui concourent à rendre la température de l'air de cette partie de l'Amérique plus semblable à celle d'une île qu'à celle du climat d'un continent, et qui l'empêchent d'acquérir ce degré de chaleur qu'éprouvent en été les pays qui se trouvent en Europe et en Asie dans la même latitude septentrionale. Le vent du nord est le seul qui arrive à cette partie de l'Amérique après avoir traversé un grand continent. Mais , après un examen attentif de sa position, nous trouverons que cela même sert plutôt à diminuer qu'à augmenter le degré de chaleur. C'est à l'extrémité méridionale de l'Amérique que finit proprement l'immense chaîne des Andes qui parcourt presque en ligne droite du

(i) Celte conjecture de Robertson parait, sinon encore démontrée, du moins justifiée parle récit du capitaine anglais Wedel. (D. L. R. )

354 NOTBS

nord au sud toute l'étendue du continent. Les régions les plus brûlantes de l'Amérique méridionale , la Guiane, le Brésil , le Paraguay et le Tucuman sont à plusieurs degrés à l'est des terres Magellaniques. Le pays plat du Pérou , où Ton éprouve la chaleur des tropiques , est situé fort à l'ouest de ces terres. Le vent du nord , quoiqu'il traverse la terre, n'apporte pas à l'extrémité méridionale de l'Amérique l'augmentation de chaleur qu'il a pu prendre en passant par les régions brûlantes, parce qu'avant d'y arriver il doit raser les sommets des Andes et s'imprégner du froid de ces régions glacées.

Quoiqu'il soit maintenant démontré qu'il n'existe pas de continent méridional dans cette portion du globe où l'on supposait qu'il était placé, il paraît certain, d'après les découvertes du capitaine Cook, qu'on trouve près du pôle sud une étendue considérable de terre qui est la cause de la plus grande partie de la glace répandue sur le vaste Océan méridional , vol. \\,pag. 230, 239, etc. Une recherche qui mérite de fixer l'attention, c'est de savoir si l'influence de ce continent glacé et éloigné peut atteindre l'extrémité méridionale de l'Amérique.

Note ix, page 17.

Les traits physiques d'un continent, dans lequel la nature a réuni toutes ses merveilles , ont été , au jugement de M. le baron de Humboldt, tracés bien imparfaitement par Robertson, Un tableau qui se composerait d'un si grand nombre d'éléments ne

pourrait entrer dans cet ouvrage. Nous avons dû nous borner à offrir au lecteur quelques bases fixes relatives à la hauteur des chaînes de montagnes de l'Amérique comparée avec celle des montagnes de l'ancien continent (Voyez la note 2 , pag. 344) et à la température sous laquelle vivent les habitants de quelques grandes villes du Nouveau-Monde.

Voici le tableau de la température que M. le baron de Humboldt a eu la bonté de nous envoyer, et dans lequel il a distingué les régions chaudes , tempérées et froides. Calientes, templadas etfrias.

a Région chaude du littoral entre les 10° lat. bor. « et 10 lat. mer.

« Cumana, pour servir de type ou d'exemple, temp. « moy. de l'année 27° 7'dutherm. cent.; de jour, 26° « -30°; de nuit, 22°-23°5'; max. 32* 7' ; min. 21° 2'.

« Région chaude entre 17° et 21° de lat. bor.

« Vera-Cruz, temp. moy., 25° 4'; de jour, 27°- « 30°; de nuit, 25° 7'-28° en été; 19°-24°, et 18°-22° « en hiver.

Région tempérée. « Caracas, hauteur 916 mètres; «temp. moy. 20° 8'; de jour, 18°-23° ; de nuit, « 16°-17°; max. 27° 7' ;min. 12° 5\

« Guaduas , haut. 1,150 mètres; temp. moy. 19°7\

« Xalapa, haut. 1,320 mètres ; temp. moy. 18° 2'.

« Popayan , hauteur 1,773 mètres; temp. moy. « 18° 7'; de jour, 19°-24°; de nuit, 17°-18°.

« Santa- F é -de-Bogota , haut. 2,660 mètres ; temp. « moy. 14° 6'; de jour, 15°-18° ; de nuit, 10°-12°; « min. f 2° 5'.

jjG notes

Région froide. «Mexico, hauteur 2,27 6 mètres;

« temp. moy. 17° ; de jour , 16°-21° ; de nuit, 13° -15°;

« dans les mois les plus chauds : 11° 5'-lô°; et 0°-7°

« dans les mois les plus froids.

« Quito, haut. 2,908 mètres; temp. moy. 14° 4';

« de jour, 15° 6'-19° 3' ; de nuit, 9°-ll°; max. 22° ,

« min. 6°.

« Miccinpampa , hauteur 3,618 mètres; de jour,

« 5°-9°; de nuit, 4- 2°-0° 4'.

« Les Paramos , endroits montagneux dans les-

« quels il tombe presque journellement de la neige,

« ont une hauteur qui excède 3,400 mètres et une

« température moyenne 8° 4'.

« A la limite inférieure des neiges perpétuelles «(4,800 mètres), le thermomètre centigrade se a soutient le jour entre -4° et 8°; la nuit entre 2° et- G0. « La constance du climat sous la zone équatoriale est « telle que la température moyenne des mois les plus « chauds et les plus froids est à Cumana sur le littoral « de 29° et 26° ; à Santa-Fé-de-Bogota (à 1,366 toises « de hauteur au-dessus du niveau de la mer), de 16° « 8' et 14° 4\

« La température variant très peu dans l'Amérique « espagnole , sous la zone équatoriale , on peut se « former une idée assez précise du climat des Cordil- « 1ères , en le comparant à la température de cer- « tains mois en France ou en Italie. On trouve pen- « dant toute l'année , dans les plaines de l'Orénoque, « le mois d'août de l'Europe ; à Popayan , le mois « d'août de Paris ; à Quito , le mois de mai de Paris. >•

M. de Humboldt a donné une description abrégée des hautes régions des Andes dans les vues des Cordillères, tom. l,page 279-288, et dans la Géographie des plantes , in-4°, page 38 , 61 , 69; nous y renvoyons le lecteur.

Dans le royaume de Quito, une population nombreuse se trouve concentrée sur le plateau des Andes , qui a une hauteur absolue de 2,700 à 2,900 mètres, et où le baromètre se soutient à 0 m. 54 ou à 20 p. de hauteur. C'est là que sont placées des villes qui comptent de 30 à 50,000 habitants , et que l'on voit des pâturages couverts à la fois de troupeaux de lamas et de brebis d'Europe , des vergers bordés de haies vives de Buranta et de Barnadesia, des champs labourés avec soin et promettant une riche moisson de céréales , comme suspendus dans les hautes régions de l'atmosphère. On se rappelle à peine que le sol que l'on habite est plus élevé au-dessus des cotes voisines de l'océan Pacifique que ne l'est le sommet de Canigou au-dessus du bassin de la Méditerranée. (D. L. R.)

Note x, page 18.

En 1739 on fit partir deux frégates françaises pour faire de nouvelles découvertes. Les navigateurs commencèrent à sentir un froid excessif au quarantequatrième degré de latitude méridionale. Au quarante-huitième degré ils trouvèrent des îles flottantes de glace. Hist. des navig. aux terres australes } tom J'H, pag. 256 , etc. Le docteur Halley trouva de la glace au cinquante-neuvième degré de latitude : id. tom. 1,

pag. 47. Le commodore Byron , se trouvant sur la côte des Patagons , à cinquante degrés trente-trois minutes de latitude méridionale , le 15 décembre, qui est le milieu de l'été de cette partie du globe où le plus long jour tombe au 21 décembre, compare ce climat avec celui de l'Angleterre au milieu de l'hiver» Voyages by Hawkesworth ,1, 25. M. Banks étant descendu à la terre de Feu dans la baie du Bon- Succès , située au cinquante-cinquième degré de latitude , le 16 janvier, qui répond au mois de juillet de notre hémisphère , deux de ses gens moururent de froid pendant la nuit , et tous furent dans le plus grand danger de périr : id. II , pag. 51 , 52. Le 14 mars , qui répond au mois de septembre de l'Europe, l'hiver s'était déjà déclaré et les montagnes se trouvaient couvertes de neige : ib% 12.

Le capitaine Cook , dans son voyage au pôle méridional , nous fournit des exemples nouveaux et frappants de l'intensité extraordinaire du froid dans celte région du globe. « Qui aurait pensé, dit-il , qu'une ile qui n'a que soixante et dix lieues de circuit , et qui est située entre le cinquante-quatrième et le cinquante-cinquième degré de latitude , serait , au plus fort de l'été , couverte entièrement de plusieurs brasses ( la brasse a six pieds) de neige glacée, et plus particulièrement vers la côte sud-ouest. Les sommets des hautes montagnes étaient couverts de neige et de glace, et la quantité qui se trouve dans les vallées est incroyable : à l'entrée des baies la côte se termine par un mur de glace d'une hauteur considérable. » Vol. 2, p. 217.

ET ÉCLAJRCISSEMEiyTS. 3&)

Dans quelques parties de l'ancien continent , il règne dans des latitudes méridionales très peu élevées un degré extraordinaire de froid. M. Bogie , dans son ambassade à la cour du Dalaï-Lama1 , passa l'hiver de 1774 à Chamnanning, situé au 31° 39' de latitude nord , et il trouva souvent que le thermomètre s'élevait dans sa chambre à vingt-neuf degrés au-dessous de la glace de l'échelle de Fahrenheit : au milieu du mois d'avril toutes les eaux stagnantes étaient glacées, et il tombait fréquemment de la neige. L'élévation extraordinaire du pays semble être la cause de ce froid excessif. En se rendant de Flndostan au Thibet, on monte beaucoup pour parvenir au sommet des montagnes du Boutan; la descente de l'autre coté n'est pas dans la même proportion. Le royaume du Thibet est un pays élevé , extraordinairement nu et désert : Account of Thibet, lu à la société royale, p. 7. Le froid extraordinaire dans les basses latitudes de l'Amérique ne peut être attribué à la même cause , puisque ces pays ne sont pas remarquables par leur élévation , et que plusieurs sont même bas et plats. ( Note de Robertson. )

L'élévation seule explique pourquoi le continent américain éprouve un moindre degré de chaleur que l'ancien continent. Quant aux contrées basses , voici ce que dit M. le baron de Humboldt , dans ses Tableaux de la nature , t. I, p. 23. «Le peu de largeur du continent , sa prolongation vers les pôles glacés ;

(i) Ce fut à la cour du Tchou-Lama, tuteur du Dalaï-Lama, que Georges Bogie fut envoyé en ambassade en 1774 par le célèbre Hastings, gouverneur général des possessions anglaises dans l'Inde. (D. L. R.)

3Go NOTES

l'Océan dont la surface non interrompue est balayée par les vents alizés; des eourants d'eau très froide , qui se portent depuis le détroit de Magellan jusqu'au Pérou , de nombreuses chaînes de montagnes remplies de sources, et dont les sommets couverts de neige s'élèvent bien au-dessus de la région des nuages ; l'abondance de fleuves immenses qui , après des détours multipliés , vont toujours chercher les côtes les plus lointaines ; des déserts non sablonneux , et par conséquent moins susceptibles de s'imprégner de chaleur ; des forets impénétrables qui couvrent les plaines de l'équateur remplies de rivières , et qui , dans les parties du pays les plus éloignées de l'Océan et des montagnes, donneni naissance à des masses énormes d'eau qu'elles onl aspirées , ou qui se forment par l'acte de la végétation : toutes ces causes produisent dans les parties basses de l'Amérique un climat qui contraste singulièrement par sa fraîcheur et son humidité avec celui de l'Afrique. C'est à elles seules qu'il faut attribuer cette végétation si forte , si abondante , si riche en sucs , et ce feuillage si épais qui forment les caractères particuliers du nouveau continent. »

M. Malte-Brun considère ces explications comme suffisantes pour l'Amérique méridionale et le Mexique. 11 ajoute, par rapport à l'Amérique septentrionale , Précis de la Gcog. univ. ,«t. 5 , p. 201 , « qu'elle n'a presque pas d'étendue dans la zone torride , et qu'au contraire elle se prolonge probablement très Loin dans la zone glaciale ; qu'ainsi la colonne d'air glacial inhérent à ce continent ne se trouve pas

contrebalancée par une colonne d'air équatoriai. De là résulte , suivant ce savant géographe , une extension du climat polaire jusqu'aux confins des tropiques ; l'hiver et l'été luttent corps à corps , et les saisons changent avec une rapidité étonnante. Une heureuse exception favorise la Nouvelle- Albion et la Nouvelle- Californie , qui , étant à l'abri des vents glacés , jouissent de la température analogue à leur latitude. (D.L. R.)

Note xi, page 19,

11 existait antérieurement à la découverte de l'Amérique plusieurs centres d'une civilisation primitive dont nous ignorons les rapports mutuels. Le Mexique l'avait reçue d'un pays situé vers le nord ; dans l'Amérique méridionale , les grands édifices de Tiahuanaco avaient sans doute servi de modèles aux monuments que les Incas élevèrent au Couzco. Au milieu des vastes plaines du Haut-Canada , en Floride , et dans le désert limité par l'Orénoque , le Cassiquiaré et le Guainia , des digues d'une longueur considérable, des armes de bronze et des pierres sculptées , annoncent que des peuples industrieux ont habité jadis ces mêmes contrées que traversent aujourd'hui des hordes de sauvages chasseurs. Les habitants du Mexique et du Pérou n'étaient pas les seuls qui eussent fait des progrès dans la civilisation au temps de la conquête, ainsi que l'avance Robertson. Ce que l'historien anglais nous dit lui-même des Natchez détruit son assertion , dont l'inexactitude est démontrée par plusieurs écrivains , parmi lesquels nous

citerons M. le baron de Humboldt. Le calendrier lunaire des Myscas ou Mozcas , anciens habitants du plateau de Bogota , prouve que dans le Condinamarca ( nouveau royaume de Grenade), la civilisation était fort avancée. Voir, pour de plus grands détails , les Vues des Cordillères et Monuments des peuples indigènes de V Amérique, t. I , p. 33 , 87 , et t. II , p. 221 — 238, et l'ouvrage de Juarros, intitulé : Historia de la Ciudad de Guatemala , etc. , etc. (D. L. R.)

Note xn, page 21.

M. de La Gondamine , un des derniers et des plus exacts observateurs de l'état intérieur de l'Amérique méridionale , dit : « A cette foule d'objets variés qui a diversifient les campagnes cultivées de Quito , suc- « cédait l'aspect le plus uniforme ; de l'eau, de la verte dure, et rien de plus. On foule la terre aux pieds sans « la voir : elle est si couverte d'herbes touffues , de « plantes et de broussailles , qu'il faudrait un assez « long travail pour en découvrir l'espace d'un pied. » Relation abrégée d'un voyage, etc., pag. 48. Une des singularités de ces forêts, c'est une espèce d'osier, que les Espagnols appellent Bcjucos , les Français Lianes , et auquel les Indiens donnent le nom de Nibbées , dont on se sert ordinairement en Amérique au lieu de cordes. Cette plante monte en serpentant autour des arbres qu'elle rencontre , et , après s'être élevée audessus des plus hautes branches , elle jette des filets qui descendent perpendiculairement, rentrent dans la terre , y prennent racine , s'élèvent de nouveau

autour d'un autre arbre, montant et descendant ainsi alternativement. D'autres rejetons , portés obliquement par le vent ou par quelque hasard , forment un assemblage confus de cordages qui ressemble aux manœuvres d'un vaisseau. Bancroft , nat. hist. of Guiana , pag. 99. On trouve de ces filets de liane qui sont de la grosseur d'un bras d'homme, ibid. pag. 15. La relation que M. Bouguer a donnée des forêts du Pérou ressemble parfaitement à cette description. Voyage au Pérou, pag. 16. Oviedo nous a laissé une semblable description des forêts qui se trouvent en d'autres parties de l'Amérique. Hist. lib. IX, pag. 144, D. Pendant une partie de l'année les Moxes ne peuvent avoir de communication entre eux , parce que la nécessité où ils sont de chercher des hauteurs pour se mettre à couvert de l'inondation fait que leurs cabanes sont fort éloignées les unes des autres. Lettres édifiantes, tom. X, pag. 187.

Garcia nous a donné une description détaillée et exacte des rivières , des lacs , des bois et des marais des provinces de l'Amérique situées entre les tropiques. Origen. de los Indios } lib. II , cap. 5 , §. 4 , 5. Les difficultés incroyables que Gonzalès Pizarre eut à surmonter en voulant pénétrer dans le pays situé à l'est des Andes nous donnent un tableau frappant de l'état où se trouvait cette partie de l'Amérique avant d'être défrichée. Garcil. de la Vega , Royal Comment, oj Peru , part. II , liv. III , chap. 2-5.

Note xin, pages 23 et il\.

Uobertson avance, d'après Buffon, 1° que les qua-

drupèdes communs à l'ancien et au nouveau continent sont plus petits dans le dernier ; 2° que les quadrupèdes particuliers à l'Amérique sont formés sur une échelle inférieure ; 3° que la plupart des animaux domestiques qu'on y a transportés d'Europe y ont dégénéré; et 4° enfin , que sur deux cents espèces de quadrupèdes qu'on supposait à cette époque répandus sur toute la surface du globe, on n'en trouve qu'environ un tiers dans le Nouveau-Monde.

M. Th. Jefferson a réfuté ces différentes assertions dans son excellent ouvrage intitulé : Notes on the stale of Virginia , un vol. in-8°, Londres , 1 7 97 ; et Clavigero l'avait fait avant lui dans la Storia anlica ciel Messico , etc., 1780— 1781 (3e et 4° dissertations), en s' appuyant sur ce qu'il a vu lui-même et sur les témoignages d'Oviedo , d'Àcosta , de Hernandez , etc. Jefferson établit sa comparaison seulement entre l'Amérique et l'Europe. Il prouve d'abord, en puisant le plus grand nombre de ses exemples dans Kalm, Pennant, Catesby, Daubenton, et dans les ouvrages de Buffon lui-même , que le castor, la loutre, la musaraigne , l'ours commun , l'élan , îe renne , ( il aurait pu ajouter le cerf du Canada), du Nouveau- Monde , sont plus gros que les quadrupèdes de la même espèce qu'on trouve en Eurojic; que d'autres quadrupèdes de l'Amérique, tels que l'ours blanc, le renard rouge, etc. , sont parfaitementsemblables dans le nouveau continent et en Europe. Il avoue cependant que quelques espèces sont plus petites en Amérique , en ajoutant qu'on ne les a peut-être pas assez bien étudiées encore.

Dans les explications qui accompagnent son second tableau , Jefferson compare des animaux particuliers à l'Amérique, tels que le tapir, l'élan, etc. , etc. , à d'autres quadrupèdes particuliers à l'Europe, tels que le sanglier, le moufflon, etc. , etc. , et sous le rapport de la grosseur il fait pencher la balance en faveur du nouveau continent.

Il existe en Amérique , dit Jefferson , des bœufs , des chevaux , des porcs , etc. , au moins aussi gros et souvent plus gros qu'en Europe. Si un certain nombre de ces quadrupèdes et de quelques autres qu'on y a transportés de l'ancien continent n'y ont pas acquis le même développement , cette espèce de décroissance provient, non pas de ce que le climat et le sol d'Amérique sont moins favorables à la force et à la perfection du genre animal , non pas de ce que la nature y est moins féconde et moins vigoureuse , ainsi que le prétend Robertson , mais uniquement du peu de soin qu'on a pris en Amérique des animaux qu'on y a transportés , et qui ont été la plupart du temps abandonnés à eux-mêmes. Il en serait arrivé autant en Europe dans des circonstances semblables, et l'on pourrait y citer plusieurs contrées où les quadrupèdes sont aussi petits que les espèces semblables en Amérique , et par le même motif qui les a fait décroître dans ce dernier continent ; car il est bien reconnu que la manière d'élever et de nourrir les animaux et les soins qu'on prend d'eux contribuent beaucoup à l'amélioration des races. M. le baron de Humboldt partage si complètement à cet égard l'opinion de Jefferson, « qu'il croit superflu de réfuter

« les assertions hasardées de Buftbn , sur la prétena due dégénération des animaux domestiques intro- « duits dans le nouveau continent. » Selon cet illustre écrivain , « ces idées se sont propagées facilement , « parce qu'en flattant la vanité des Européens , elles « se liaient à des hypothèses brillantes sur l'ancien « état de notre planète. » Essai polit, sur la nouvelle Espagne , t. III, p. 224.

La dernière supposition que Jefferson attaque ne lui paraît pas mieux fondée ; car en supposant, avec Buffon , qu'il n'y ait que deux cents espèces de quadrupèdes répandus sur toute la surface du globe, il résulte des tableaux joints aux Notes on the state oj Virginia, que cent de ces espèces sont aborigènes d'Amérique , et en supposant que l'Europe , l'Asie et l'Afrique en fournissent cent vingt-six , c'est-à-dire s vingt-six communes à l'Europe et à l'Amérique , environ cent qu'on ne rencontre pas du tout dans le Nouveau-Monde , les espèces américaines seront à celles du reste de la terre comme cent à cent-vingt-six ou comme quatre à cinq. Or, continue Jefferson , comme l'étendue de l'Amérique n'est que la moitié de celle du reste du globe a, la proportion exacte n'aurait dû être que comme quatre à huit. Nous ajouterons qu'Azara a vu et décrit quatre-vingts espèces de quadrupèdes seulement dans le Paraguay.

Schmidt Meyer ne partage pas non plus l'avis de Bobertsou sur la prétendre dégé né ration des animaux d'Europe qu'on a transportés* en Amérique :

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« On dirait, écrit ce voyageur, que les vastes plaines « de l'Amérique attendaient les bestiaux d'Europe « pour leur faire prendre le développement dont ils a étaient susceptibles. Non-seulement ils se sont mul- « tipliés et répandus partout, leur race s'est aussi sen- « siblement améliorée. Elle est plus belle, plus grande « et plus forte dans les Pampas qu'en Europe , même « dans les pays les plus favorisés de la nature. »

(D.L. R.) Note xiv , page 25.

Il paraît que les animaux de l'Amérique n'ont pas toujours été plus petits que ceux des autres parties du globe. On a trouvé près des rives de l'Ohio un grand nombre d'os d'une grandeur étonnante. L'endroit où l'on a fait cette découverte se trouve à environ cent quatre-vingt-dix milles plus bas que le confluent de la rivière Scioto avec l'Ohio, et à près de quatre milles de la rive de cette dernière , du coté d'un marais nommé le grand marais salé. Ces os se trouvent en grande quantité à cinq ou six pieds sous terre , et la couche en est visible sur le bord du marais salé. Journal of colonel George Croglan : manuscrit entre les mains de V auteur. Cet endroit paraît marqué avec exactitude dans la carte d'Evans. Ces os doivent avoir appartenu à des animaux d'une grandeur énorme : les naturalistes , qui n'ont jamais connu d'animal vivant d'une pareille stature , ont d'abord été portés à croire que c'étaient des substances minérales. Après en avoir reçu un plus grand nombre d'échantillons , et après les avoir examinés avec plus d'attention , on

est enfin convenu que c'étaient des os de quelques animaux : comme l'éléphant est le plus grand quadrupède connu, et que les dents qu'on a trouvées ressemblent beaucoup à celles des éléphants , tant par la qualité que par la forme, on en a conclu que les squelettes trouvés près de l'Ohio étaient de cette espèce. Mais le docteur Huiiter, l'un des savants de ce siècle qui est le plus en état de décider cette question , après avoir examiné attentivement plusieurs morceaux des défenses , des dents mâchelières et des mâchoires , envoyées de TOhio à Londres , a prétendu qu'elles n'appartenaient pas a l'éléphant, mais à quelque grand animal Carnivore d'une espèce inconnue. Phil. transacl. , vol. LVI1I , pag. 3 i. On a trouvé des os de la même espèce et d'une grandeur aussi remarquable près des embouchures de l'Oby, de la Jeniseia et de la Lena , trois grandes rivières de Sibérie. Stralhrenberg, Descript. des parties septentrionale et orientale de F Europe et de V Asie , pag. 40.2. L'éléphant paraîtétre confiné dans la zone torride, et il ne multiplie jamais au-delà. Il ne pourrait vivre dans ces froides régions qui bordent la mer Glaciale. L'existence de ces grands animaux en Amérique pourrait ouvrir un vaste champ aux conjectures. Plus nous considérons la nature et la varié lé de ses productions, plus nous devons être convaincus que ce globe terraqué a subi d'étranges changements par des convulsions et des révolutions dont l'histoire ne nous a conservé aucune trace '.

(i) On peut consulter sur oc sujet très important la deuxième édition

Note xv, page 23.

Le tapir est le plus gros quadrupède «fc la partie méridionale du nouveau continent, et non pas de toute r Amérique, ainsi que l'avance Ptobertson, puisque le bison, qui ne se trouve que dans l'Amérique septentrionale , a la grosseur d'un bœuf ordinaire , que le tapir n'atteint jamais, et que le cerf du Canada est ' encore plus grand. Les femelles du bison sont plus grandes que les mâles , et la longueur ordinaire de ceux-ci est, suivant Sonnini, de plus de six pieds, leur hauteur en devant de près de trois pieds et demi, et celle du train de derrière a environ deux pouces de plus. Le tapir, qu'on croyait particulier à l'Amérique , a été trouvé dans l'île de Sumatra et dans la province de Sutchouen à la Chine. (D. L. R.)

Note xvi, page 2/4.

Le puma ou couguar est, il est vrai, un animal timide , quoique souvent cruel , même sans nécessité ; mais le caractère du jaguar est différent. « Celui-ci , « dit M. Desmarets, est féroce et incapable d'être *« apprivoisé, et ceux qui l'ont élevé depuis sa tendre « enfance et adouci jusqu'à jouer avec lui, s'en sont « repentis, parce qu'il a toujours donné la mort à son « maître ou à toute autre personne. »

« Cet animal, suivant M. Sonnini , n'est pas aussi « indolent ni aussi timide que quelques voyageurs, et « d'après eux, M. de Buffon, l'ont écrit: il se jette

des Recherches sur les ossements fossiles des quadrupèdes , par M. le baron Guvier, ouvrage qui seul suffirait pour immortaliser son auteur. (D. L. R.)

3 70 nous

« sur tous les chiens qu'il rencontre , loin d'en avoir « peur ; il fait beaucoup de dégât dans les troupeaux : « ceux qui habitent dans les déserts de la Guiane sont « même dangereux pour les hommes. Dans un voyage « que j'ai fait dans ces grandes forêts, nous fumes « tourmentés pendant deux nuits de suite par un « jaguar, malgré un très grand feu que l'on avait eu a soin d'allumer et d'entretenir ; il rodait continuel- « lement autour de nous. Il nous fut impossible de le « tirer, car dès qu'il se voyait couché enjoué , il se « glissait d'une manière si prompte, qu'il disparais- « sait pour le moment ; il revenait ensuite d'un autre « côté, et nous tenait ainsi continuellement en alerte. « Malgré notre vigilance, nous ne pûmes jamais venir « à bout de le tirer ; il continua son manège pendant « deux nuits entières ; la troisième il revint ; mais « lassé apparemment de ne pouvoir venir à bout de « son projet, et voyant d'ailleurs que nous avions « augmenté le feu, duquel il craignait d'approcher de « trop près , il nous laissa en hurlant d'une manière « effroyable. Son cri, hou, hou , a quelque chose de « plaintif; il est grave et fort comme celui du bœuf. » « Les jaguars, dit M. le baron de Humboldt, Ri lai . « hisl. , tom. II, pag. 295, aiment à se retirer dans les « masures délaissées; et je pense qu'il est généra- « lement plus prudent pour un voyageur isolé de « camper à la belle étoile, entre deux feux, que de « chercher de l'abri dans des cabanes inhabitées. »

Le couguar de Buiïbn, appelé p uma ou pou ma à Ouito, gouazouara au Paraguay, et qui a reçu de plu-

sieurs voyageurs les noms de lion et Amérique et de tigre roux ou tigre poltron, l'un des plus grands quadrupèdes carnassiers du Nouveau-Monde , est moins féroce que le jaguar, et manifeste de la timidité, quoiqu'il soit souvent cruel sans nécessité. (D. L. B.)

Note xvn, page i(\.

Cette dégénération des animaux domestiques d'Europe en Amérique doit être attribuée en partie aux causes suivantes. Dans les établissements espagnols qui se trouvent ou sous la zone torride, ou dans les pays qui l'avoisinent , le plus grand degré de chaleur et le changement de nourriture empêchent les moutons etles bêtes à cornes de parvenir à la même grandeur qu'en Europe. Ils deviennent rarement aussi gras, et leur chair n'en a ni le suc ni la saveur délicate. Dans l'Amérique septentrionale, où le climat est plus tempéré et plus approchant de celui de l'Europe , les herbes qui viennent naturellement dans les pâturages sont d'une mauvaise qualité. Mite he II , pag. 151. L'agriculture y a fait si peu de progrès que la nourriture artificielle pour les troupeaux y est en très petite quantité, et l'on n'y prend presque aucun soin du bétail pendant l'hiver, qui est très long dans plusieurs provinces et rigoureux dans toutes. On traite fort mal les chevaux et les autres bêtes à cornes dans toutes les colonies anglaises. Toutes ces causes contribuent peut-être plus que la qualité du climat à faire dégénérer, dans plusieurs des provinces de l'Amérique du nord, la race des chevaux, des bœufs et des moutons. Voyez la note 13, pag. 363.

Note xviii, page 25.

En 1518, l'île d'Hispaniola fut désolée par ces insectes destructeurs. Herrera, qui rapporte toutes les particularités de ce fléau , nous donne un exemple singulier de la superstition des colons espagnols. « Après avoir essayé, dit-il, différents'moyens de dé- « truire les fourmis, ils résolurent d'implorer la pro- « tection des saints; mais comme c'était une espèce de « calamité toute nouvelle, ils furent embarrassés sur « le choix du saint qui pourrait leur être le plus pro- « pice. Ils tirèrent au sort le patron qu'ils devaient « choisir. Le sort décida en faveur de saint Saturnin. « Ils célébrèrent sa fête avec une grande solennité, et « le fléau, ajoute l'historien, commença sur-le-champ « à diminuer ses ravages. » Herrera, Decad. II, lib.\\\, cap. \S,pag. 107.

Note xix, page 28.

L'auteur des Recherches philosophiques sur les Américains pense que cette différence de chaleur est égale à douze degrés ; c'est-à-dire qu'il fait aussi chaud dans l'ancien continent, à trente degrés de l'équateur, qu'à dix-huit degrés seulement en Amérique , tom. I , pag. 1 1 . Le docteur Mitchell , après trente ans d'observations , prétend que cette différence est égale à quatorze ou quinze degrés de latitude. Présent state , etc. , pag. 257 .

Note xx, page 29.

M. Bertram , qui , le 3 janvier 17C5, se trouva à la source de la rivière de Saint-Jean , dans la Floride

orientale, y éprouva un froid si violent, que dans une seule nuit la terre fut gelée de l'épaisseur d'un pouce sur les bords de la rivière. Les tilleuls, les citronniers et les bananiers périrent tous à Saint-Augustin. Bertram s journal , pag. 20. Le docteur Mitchell nous fournit plusieurs exemples des effets extraordinaires du froid dans les provinces du midi de l'Amérique septentrionale. Présent stale , pag. 206, etc. Le 7 février 1747, le froid fut si violent à Charles-Town,que deux bouteilles d'eau chaude qu'une personne avait mises en se couchant dans son lit, se trouvèrent fendues le lendemain au matin, et que l'eau n'était plus que deux morceaux solides de glace. Une jatte d'eau dans laquelle était une anguille vivante fut gelée jusqu'au fond dans une cuisine où il y avait du feu. Presque tous les orangers et les oliviers furent détruits. Descript. of soulh Carolina, London, 1761, in-8°.

Note xxi, page 3o.

Nous trouvons un exemple remarquable de cette fertilité dans la Guiane hollandaise, pays fort plat, et si bas que, pendant les saisons pluvieuses , il est ordinairement couvert de près de deux pieds d'eau. Cela rend le sol si riche, qu'il y a sur la surface, à douze pouces de profondeur , une couche d'engrais excellent , qu'on transporte pour cet usage à la Barbade. On a fait successivement trente coupes de cannes à sucre sur les bords de l'Essequibo , tandis qu'on n'en fait jamais plus de deux dans les iles des Indes-Occidentales. Les colons se servent de plusieurs moyens pour

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