LIVRE QUATRIÈME
par un nouveau canal , une partie du commerce et des richesses du monde occidental. Un tel projet était digne d'un génie qui aimait les grandes entreprises. Pierre rédigea de sa propre main des instructions pour suivre ce plan , et donna des ordres pour le mettre à exécution1.
Ses successeurs ont adopté ses idées et suivi son projet ; mais les officiers que la cour de Russie a employés à cette expédition ont trouvé tant de difficultés à vaincre 9 que leurs progrès ont été extrêmement lents. Quelques traditions obscures conservées chez les peuples de Sibérie, sur un voyage qui se fit heureusement en 1648, autour du promontoire nordest de l'Asie, encouragèrent les Russes à suivre la même route. Dans cette vue , on équipa , en différents temps, des vaisseaux sur les rivières de Lena et de Rolyma; mais dans un océan glacé, que la nature ne semble pas avoir destiné à la navigation ? ces vaisseaux éprouvèrent des désastres multipliés et ne purent remplir l'objet qu'on s'était proposé. Aucun vaisseau armé par la cour de Russie n'a jamais doublé ce cap formidable2; tout ce que l'on connaît de ces extrémités de l'Asie est dû aux découvertes qui ont été faites dans des excursions par terre. On trouve dans toutes ces provinces une opinion établie , qu'il y a des contrées vastes et fertiles à une
(1) Mullcr, Voyages et Découvertes des Ritsses , tom. 1, p. 4, 5, 14 t.
(2) Voyez la note 24.
dislaiice peu considérable de leurs cotes. Les Russes imaginèrent que ces contrées faisaient partie de l'Amérique ; et plusieurs circonstances concouraient non-seulement à les confirmer clans cette opinion , mais encore à leur persuader qu'une portion de ce continent ne pouvait pas être très éloignée. Des arbres de différentes espèces, inconnus dans ces régions stériles de l'Asie , sont ebassés sur la cote par un vent d'est j le même vent y amène en peu de jours des glaces flottantes; de grandes troupes d'oiseaux arrivent tous les ans du même côté ; enfin , il s'est conservé parmi les habitants la tradition d'un commerce établi anciennement avec des pays situés à l'est.
Après avoir pesé toutes ces circonstances, et avoir comparé la position des contrées d'Asie qui venaient d'être découvertes, avec celle des parties du nordouest de l'Amérique qui étaient déjà connues , la cour de Russie forma un plan qu'aurait a peine osé concevoir toute autre nation moins accoutumée à tenter des entreprises difficiles, et à lutter contre de grands obstacles. On donna ordre de construire deux vaisseaux a Ocbotz dans la mer de Ramtscbatka, d'où l'on devait mettre a la voile pour aller faire des découvertes. Quoique cette région inculte et stérile ne produisît rien qui pût servir à la construction de ces vaisseaux, à l'exception de quelque bois de mélcsc; quoique non-seulcmcnl le 1er, les cordages, les voiles ci tous les nombreux attiraux nécessaires