LIVRE QUATRIÈME
pour les équiper , mais encore les provisions et les vivres dussent être transportés à travers les immenses déserts de la Sibérie , sur des rivières d'une navigation difficile et par des routes presque impraticables , la volonté du souverain et la patience du peuple russe surmontèrent à la fin tous les obstacles. On vint à bout de construire les deux vaisseaux ? qui \ 7M appareillèrent du Ramtscbatka sous le commandement des capitaines Behring et Tschirikow, pour aller reconnaître le Nouveau-Monde par un côté où l'on n'en avait jamais approché. Ils dirigèrent leur route vers l'est; une tempête sépara bientôt les deux vaisseaux, qui ne purent plus se rejoindre ; mais, malgré cet accident et plusieurs autres désastres qu'ils éprouvèrent , les espérances qu'on avait conçues de cette expédition ne furent pas absolument frustrées. Chacun des commandants découvrit une terre 'qui leur parut faire partie du continent d'Amérique, et qui , suivant leurs observations ? semble être située à quelques degrés de la cote nord-ouest de la Californie. Les deux commandants firent aussi descendre à terre quelques-uns de leurs gens; mais à l'un de ces débarquements les habitants s'enfuirent à l'approche des Russes ; à l'autre ils enlevèrent ceux des Russes qui étaient descendus , et détruisirent leur chaloupe. La violence du temps et l'état déplorable où se trouvait l'équipage obligèrent les deux capitaines à abandonner ces cotes inhospitalières. En revenant ils
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touchèrent à différentes lies qui forment une chaîne de l'est à l'ouest, entre le pays qu'ils avaient découvert et la cote d'Asie. Ils eurent quelque communication avec les naturels de ces îles, qui leur parurent avoir heaucoup de ressemblance avec ceux de l'Amérique septentrionale. Ils présentèrent aux Russes le calumet ou tuyau de paix, symbole d'amitié , d'un usage universel chez tous les habitants du nord de l'Amérique , et qui paraît être une institution particulière à ces peuples.
Les îjes de ce nouvel Archipel ont été fréquentées depuis par les chasseurs russes; mais la cour semblait avoir abandonné son premier plan de poursuivre les découvertes de ce coté. Ce projet fut repris tout à coup en 1 768 , et le capitaine Rrenitzin eut le commandement de deux petits vaisseaux équipés pour cet objet. Il tint dans son voyage à peu près la même route que les premiers navigateurs , il toucha aux mêmes îles, dont il observa avec plus de soin la situation et les productions, et il en découvrit plusieurs nouvelles que les autres n'avaient pas rencontrées. Il n'alla pas assez avant vers l'est pour rencontrer le pays que Behring et Tschirikow avaient jugé faire partie du contineut de l'Amérique; mais, en revenant par une route beaucoup plus au nord que celle qu'ils avaient leime, il corrigea quelques erreurs importâmes où ils étaient tombes, et son expédition servira du moins \\ faciliter les progrès des na-