LIVRE QUATRIEME
munication, après avoir été long-temps interrompue, s'est renouvelée dans le dernier siècle. Quelques missionnaires luthériens et moraves, animés par un zèle ardent pour la propagation de la foi chrétienne, n'ont pas craint de s'établir dans cette région inculte et glacée \ C'est à eux qu'on doit beaucoup de détails curieux sur la nature du pays et sur les habitants. Ils nous ont appris que la cote nord-ouest du Groenland est séparée de l'Amérique par un détroit très resserré ; qu'au fond de la baie où aboutit ce détroit il est très probable que les deux continents sont unis 2 ; que les habitants de l'un et de l'autre ont des relations entre eux; que les Esquimaux d'Amérique ressemblent parfaitement aux Groenlandais pour la figure , le vêtement et la manière de vivre; que des matelots qui avaient appris quelques mots groenlandais avaient rapporté que ces mêmes mots étaient entendus parles Esquimaux; enfin qu'un missionnaire morave , très versé dans la langue du Groenland , ayant visité le pays des Esquimaux, découvrit, à son grand étonnement, qu'ils parlaient la même langue que les Groenlandais, que c'était, à tous égards, le même peuple, et qu'en conséquence il en fut reçu et traité comme un ami et un frère3.
(i) Cranlz, Hist. du Groenland, t. 1, p. 242, 244; Hist. gen. des voyages , t. XV, p. i5i, (Note 96).
(2) Eggede, Nouvelle Recherche de l'ancien Groenland , p. 2, 3. (3) Cranlz, Hist. du Groenland, p. 261, 262.
5f) HISTOIRE DE I,' AMÉRIQUE.
Ces faits décisifs établissent non - seulement la consanguinité des Esquimaux et des Groenlandais , ils démontrent encore la possibilité que l'Amérique ait été peuplée par le nord de l'Europe. Si les Norwégiens, dans un siècle barbare où la science n'avait pas encore commencé a éclairer le nord de notre hémisphère , ont été cependant assez bons navigateurs pour s'ouvrir une communication avec le Groenland, il ne serait pas étonnant que leurs ancêtres -, aussi accoutumés a errer dans les mers que les Tartares le sont a errer par terre, eussent, a une époque plus reculée, exécuté le même voyage et laissé au Groenland une colonie dont les descendants ont pu dans la suite des temps passer en Amérique. Mais si, au lieu de se hasarder a voguer directement de leur cote au Groenland, nous supposons que les Norvégiens ont suivi une route moins hardie , en s'avançant des îles Shetland à celles de Feroë et de là en Islande , et qu'ils ont établi fies colonies en ces différentes îles, leurs progrès peuvent avoir été tellement gradués que cette navigation n'aurait été ni plus longue ni plus périlleuse que tant de voyages exécutés dans tous les temps par ce peuple robuste et entreprenant.
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