LIVRE QUATRIÈME
qu'une recherche est par sa nature trop obscure et trop compliquée pour qu'il soit possible d'arriver à des conséquences certaines , il peut y avoir quelque mérite à indiquer du moins celles qui sont probables '«
Il est plus intéressant d'examiner l'état et le ca- Etat et caractère des peuples d'Amérique, à l'époque où ils ™ct?re . es ont été connus des Européens que de se livrer à des recherches sur leur origine. Ces dernières ne sont qu'un objet de curiosité; tandis que l'examen de l'autre sujet peut donner lieu aux recherches les plus importantes et les plus dignes d'occuper le philosophe ou l'historien. Si l'on veut compléter l'histoire de l'esprit humain, et parvenir à une parfaite connaissance de sa nature et de ses procédés , il faut contempler l'homme dans toutes les situations diverses où la nature l'a placé ; il faut suivre ses progrès dans les différents états de sociabilité par où il passe , en avançant par degrés de l'enfance delà vie civile vers la maturité et le déclin de l'état social ; il faut examiner à chaque période comment les puissances de son entendement se développent, observer les efforts de ses facultés actives , épier les mouvements de ses affections à mesure qu'elles naissent dans son ame, voir le but où elles tendent et la force avec laquelle elles s'exercent. Les anciens philosophes et histo-
(i) Acosta , Hist. nat. et mor. ïib. VII, cap. 2 , etc. Garcia, Origen de los Indios, lib. V, cap. 3. Torquemada, Monar. Ind.lib.I, cap. 2, etef Boturini Benaduci, Idea de una hist. de la Amer* septentr. § XFIJ, pag. 127.
riens de la Grèce et de Rome, qui sont nos guides dans cette recherche comme dans toutes les autres, n'avaient que des vues bornées sur ce sujet, parce qu'ils n'avaient eu presque aucun moyen d'observer l'homme dans l'état de vie sauvage. La société civile avait déjà fait de grands progrès dans toutes les régions de la terre qu'ils connaissaient, et les nations qui existaient avaient déjà achevé une grande partie de leur carrière avant qu'ils eussent commencé à les observer. Les Scythes et les Germains sont les peuples les moins avancés dans la civilisation, sur lesquels les anciens auteurs nous aient transmis quelque détail authentique; mais ces mêmes peuples possédaient déjà des troupeaux et des bestiaux; ils connaissaient des propriétés de différentes espèces, et lorsqu'on les compare avec les hommes qui sont encore dans l'état sauvage , on peut les regarder comme déjà parvenus à un grand degré de civilisation.
La découverte du Nouveau-Monde a agrandi la sphère des spéculations, et a offert à notre vue dis nations dans un état de société beaucoup moins avancé que celui où l'on a pu observer les différents peuples de notre continent. C'est en Amérique que l'homme se montre sous la forme la plus grossière où nous concevons qu'il puisse subsister. Nous y voyons des sociétés qui commencent seulement à se former, et nous pouvons observer les sentiments et les actions des hommes dans l'enfance de la vie so-