LIVRE QUATRIÈME
ciale , au moment où ils ne sentent encore qu'imparfaitement la force de ces liens , et où ils ont à peine abandonné une partie de leur liberté naturelle. Cet état de simplicité primitive, qui n'était connu dans notre continent que par les descriptions fantastiques des poètes, existait réellement dans cet autre hémisphère. La plus grande partie de ses habitants , étrangers à l'industrie et au travail, ignoraient les arts , avaient à peine quelque idée de propriété, et jouissaient en commun des biens que produisait la fécondité spontanée de la nature. Il n'y avait sur ce vaste continent que deux nations qui fussent sorties de cet état grossier, et qui eussent commencé d'une manière sensible à acquérir les idées et à adopter les institutions qui appartiennent aux sociétés policées \ Leur gouvernement et leurs mœurs deviendront naturellement l'objet de nos observations , lorsque nous rapporterons la découverte et la conquête des empires du Mexique et du Pérou : cette époque nous offrira une occasion de considérer les Américains dans le plus haut degré de civilisation où ils soient jamais parvenus.
Nous bornerons pour le moment notre attention Celte recheret nos recherches à l'examen des petites tribus in- che est bornee
t . * aux tribus les
dépendantes qui occupaient les autres parties de plus sauvages. l'Amérique. Quoiqu'on observât quelques diversités
(i) La civilisation n'était pas bornée en Amérique aux seuls habitants du Mexique et du Pérou. Voyez la note 1 1 déjà citée. (D.L.R.)
dans le caractère, les mœurs et les institutions de ces différentes tribus , elles se trouvaient à peu près dans un même état de société , tellement simple et grossier, qu'on peut leur donner à toutes également la dénomination de sauvages. Dans une histoire générale de l'Amérique il serait peu convenable de décrire l'état de chaque petite peuplade , et de rechercher toutes les circonstances qui contribuent à former le caractère des individus qui la composent. Un pareil examen entraînerait dans des détails fastidieux et interminables. Les qualités qui distinguent le peuple de ces différentes tribus ont entre elles une si grande ressemblance , qu'elles peuvent être présentées sous les mêmes traits. Si quelques circonstances paraisseut établir dans le caractère et les mœurs de quelques-unes des particularités dignes d'être remarquées , il suffira de les indiquer et d'en rechercher les causes , à mesure que l'occasion de les observer se présentera.
Difficultés II est extrêmement difficile de se procurer des deseprocu- informations satisfaisantes et authentiques sur les
rer des in- -, i ! , . ,
formations mœurs des peuples , lorsqu ils ne sont pas encore exactes. civilisés : pour découvrir sous cette forme grossière leur véritable caractère, et pour recueillir les traits qui les distinguent, il faut dans l'observateur autant d'impartialité que de sagacité ; car dans les différents degrés de sociabilité, les facultés, les sentiments et les désirs de l'homme sont tellement