LIVRE QUATRIÈME
fectueuses les notions qu'ils nous ont laissées sur l'état des naturels de l'Amérique. Peu de temps après qu'ils eurent établi des colonies dans leurs nouvelles conquêtes, il s'éleva parmi eux des différences d'opinion sur la manière dont on devait traiter les Indiens. Un des partis intéressés à rendre perpétuelle la servitude de ce peuple le représentait comme une race stupide et obstinée, incapable d'acquérir des idées religieuses et d'être formée aux occupations de la vie sociale. L'autre parti , plein d'un zèle pieux pour la conversion des Indiens , affirmait que , malgré leur ignorance et leur simplicité > ils étaient doux, affectionnés, dociles, et que par des instructions et des règlements convenables r il serait aisé d'en faire par degrés de bons chrétiens et des citoyens utiles. Cette controverse fut soutenue , comme je l'ai déjà dit, avec toute la chaleur qu'on doit naturellement attendre, lorsque des vues d'intérêt d'un coté, et le zèle religieux de l'autre, animent les disputants. La plupart des laïques embrassèrent la première opinion ; tous les ecclésiastiques furent les défenseurs de l'autre l ; et nous voyons constamment que, selon qu'un auteur 'tenait à l'un de ces deux partis , il était porté à exagérer les vertus ou les défauts des Américains fort au-delà de la vérité. Ces
(i) Ceci n'est pas tout-à-fait exact, puisque les Franciscains , par esprit d'opposition, paraissaient disposés à se joindre aux laïques et à défendre les repartimientos , ainsi que Robertson l'a dit lui-même, pag. 281, lom.I. (D.L.R.)
6o HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
récits opposés augmentent la difficulté de parvenir à une connaissance parfaite du caractère de ce peuple, et mettent dans la nécessité de lire avec défiance toutes les relations qu'en ont données les écrivains espagnols, et de n'adopter leurs témoignages qu'avec des modifications.
Systèmes des H s'était écoulé près de deux siècles depuis la déptniosophes. COUVerte de l'Amérique, avant que les mœurs de ses habitants eussent attiré sérieusement l'attention des philosophes. Ils s'aperçurent enfin que la connaissance de l'état et du caractère de ce peuple pouvait leur offrir un moyen de remplir un vide considérable dans l'histoire de l'espèce humaine, et les conduire à des spéculations non moins curieuses qu'importantes. Ils entrèrent avec ardeur dans cette nouvelle carrière d'observations; mais au lieu de répandre la lumière sur ce sujet, ils ont contribué , à quelques égards , à l'envelopper d'une nouvelle obscurité. Trop impatients dans leurs spéculations , ils se hâtèrent de décider, et commencèrent à bâtir des systèmes , lorsqu'ils auraient dû chercher des faits sur lesquels ils pussent en poser les fondements. Frappés d'une apparence de dégradation de l'espèce humaine dans l'étendue du Nouveau-Monde, et étonnés de voir un vaste continent occupé par une race d'hommes nus, faibles et ignorants, quelques auteurs célèbres ont soutenu que cette partie du globe était restée plus long-temps couverte des