LIVRE QUATRIÈME
d'une admiration extravagante ou d'un mépris dédaigneux pour ces mœurs que nous décrivons.
Afin de procéder dans cette recherche avec une Méthode obplus grande exactitude , il faudrait la simplifier autant recher-
qu'il est possible. L'homme existait comme individu che. avant de devenir membre d'une communauté. Il faut donc connaître les qualités qui lui appartiennent sous ce premier rapport, avant que d'examiner celles qui résultent du second. Ce procédé est particulièrement indispensable pour étudier les mœurs des peuples sauvages. Leur union politique est si imparfaite, leurs institutions et leurs règlements civils sont en si petit nombre, si simples, revêtus d'une autorité si faible, qu'on doit plutôt regarder ces peuples comme des êtres indépendants que comme des membres d'une société régulière. Le caractère d'un sauvage résulte presque entièrement de ses idées et de ses sentiments comme individu ; il n'est que faiblement modifié par l'autorité imparfaite de la police et de la force publique. Je suivrai cet ordre naturel dans mes recherches sur les mœurs des Américains, en procédant par degrés du plus simple au plus composé.
Je considérerai : I. la constitution physique des Américains dans les pays dont il est question ; IL leurs facultés intellectuelles; III. leur état domestique; IV. leurs institutions et leur état politique ; V. leur système de guerre et de sûreté publique; VI. les
arts qu'ils pratiquaient; VII. leurs idées et leurs institutions religieuses ; VIII. les coutumes particulières et isolées qui ne peuvent se ranger sous aucun de ces chapitres divers. Je terminerai le tout par une appréciation et une balance générale de leurs vertus et de leurs défauts.
I. Constitution physique des Américains. Le corps humain est moins affecté par le climat que celui d'aucune autre espèce animale. Quelques animaux sont bornés à une région particulière du globe et ne peuvent exister au-delà ; d'autres peuvent bien supporter les intempéries d'un climat qui leur est étranger, mais ils cessent de multiplier dès qu'ils sont transportés hors de cette partie du globe que la nature leur avait assignée pour demeure. Ceux même qui peuvent se naturaliser dans des climats différents éprouvent les effets de toute transplantation hors de leur pays natal , et dégénèrent par degrés de la vigueur et de la perfection dont leur espèce est susceptible. L'homme est la seule créature vivante dont l'organisation soit à la fois assez robuste et assez flexible pour lui permettre de se répandre sur toute la terre, d'habiter toutes les régions, de propager et de multiplier sous tous les climats. Soumis néanmoins à la loi générale de la nature , le corps humain n'est pas absolument insensible à l'influence du climat, et lorsqu'il est exposé aux excès de la chaleur ou du froid, il diminue de grandeur ou de force.