LIVRE QUATRIÈME
La première vue des habitants du Nouveau-Monde Leur teint , inspira à ceux qui lés découvrirent une telle surprise, leur nSure> qu'ils crurent voir une race d'hommes différente de celle qui peuplait l'ancien hémisphère. Leur teint est d'un brun-rougeâtre ressemblant à peu près à la couleur du cuivre1. Leurs cheveux sont toujours noirs, longs, grossiers et faibles. Ils n'ont point de barbe , et toutes les parties de leur corps sont parfaitement unies2. Ils ont la taille haute, svelte et bien proportionnée5. Leurs traits sont réguliers, quoique souvent déformés par les efforts absurdes qu'ils font pour augmenter la beauté de leur forme naturelle, ou pour rendre leur aspect plus redoutable à leurs ennemis. Dans les îles où les quadrupèdes étaient petits et peu nombreux , et oii la terre produisait presque d'elle-même , la constitution physique des naturels n'étant fortifiée ni par l'exercice actif de la chasse, ni par le travail de la culture, était extrêmement faible et délicate ; sur le continent, où les forêts abondent en gibier de toute espèce, et où la principale occupation de plusieurs peuplades était de le poursuivre à la chasse , le corps des naturels avait acquis plus de vigueur. Cependant les Américains étaient toujours plus distingués par l'agilité que par la force : ils ressemblaient plus aux animaux de proie qu'à des animaux destinés au tra-
(i) Oviedo, Sommario , p. 46. D. Vie de Colomb, chap. 24. (2) Voyez la note 27. (3) Voyez la note 28.
vail * . Non-seulement ils avaient de l'aversion pour la fatigue, ils étaient même incapables de la supporter; et lorsqu'on les arracha par la violence à leur indolence naturelle et qu'on les força de travailler, ils succombèrent à la fatigue de travaux que les habitants de l'ancien continent auraient exécutes avec facilité \ Cette faiblesse de constitution , qui était universelle parmi les peuples des régions de l'Amérique dont nous parlons , peut être regardée comme une marque caractéristique de cette espèce d'hommes3.
Le défaut de barbe 4 et la peau unie de l'Américain semble indiquer un genre de faiblesse occasionné par quelques vices dans sa constitution. Il est dépourvu d'un signe de virilité et de force. Cette particularité, qui distingue les habitants du Nouveau-Monde d'avec toutes les autres nations, ne peut être attribuée , comme l'ont cru quelques voyageurs , à leur manière de se nourrir 5. Quoique les aliments de la plupart des Américains soient extrêmement insipides , parce qu'ils ne connaissent point l'usage du sel, on voit en d'autres parties de la
(i) Voyez la note 29.
(2)Oviedo, Sommario, p. Si. Voyage de Correal, II, p. i38. Walor's Description , pag. 1 3 r.
(3) R. Las Casas, Brév. relac. p. 4. Torquem. Monar. Ind. /, 58o. Oviedo, Sum. p. 4r ; But. lib, III. cap. 6. Herrera, Decad. /, lib. IX , cap. 5. Simon,/?. 4*-
(4 ) Voyez la note 27 déjà citée.
(5) Charlevoix , Wut. de lu Nbuv. France, III, >io.