LIVRE QUATRIEME. I
cifique; et quoiqu'elle ne soit ouverte ni par des baies profondes ni par des bras de mer, les parties intérieures en sont accessibles par plusieurs grandes rivières , qui reçoivent un si grand nombre de courants auxiliaires et coulent dans des directions si variées que , sans aucun secours de l'art ni de l'industrie , il est aisé d'établir une navigation intérieure à travers toutes les provinces de ce continent , depuis la rivière de la Plata jusqu'au golfe de Paria. Cette bienfaisance de la nature n'est pas bornée à la division méridionale de l'Amérique. Le continent septentrional n'est pas moins abondant en rivières qui sont navigables presque jusqu'à leur source ; et l'immense chaîne de ses lacs est un moyen de communication intérieure , plus étendu et plus commode qu'il n'y en a dans aucune partie du globe. Les pays qui s'étendent depuis le golfe de Darien d'un coté , jusqu'à celui de la Californie de l'autre , et dont se forme la chaîne qui unit ensemble les deux parties du continent américain , ont aussi leurs avantages particuliers. Les cotes en sont baignées d'un coté par la mer Atlantique , de l'autre par la mer Pacifique : les rivières qui y coulent, se jetant les unes vers la première de ces mers et les autres vers la seconde, assurent aux différentes provinces toutes les facilités de commerce qui peuvent résulter d'une communication avec les deux mers.
ture du cli
mal.
Tempéra- Mais ce qui distingue surtout l'Amérique des au très parties de la terre , c'est la température particulière du climat et les différentes lois qui y règlent la distribution de la chaleur et du froid. Ce n'est pas simplement en mesurant la distance d'une partie du globe à l'équateur qu'il est possible de déter- miner avec précision le degré de chaleur qu'on y éprouve. Le climat d'un pays est affecté tout à la fois par l'élévation de la terre au-dessus du niveau de la mer, par l'étendue du continent, par la nature du sol, par la hauteur des montagnes voisines et par d'autres circonstances. Cependant l'influence de ces causes respectives est par différentes raisons moins sensible dans la plus grande partie de l'ancien continent , où la situation d'un pays étant déterminée , on peut établir avec plus de certitude quelles doivent être la chaleur de son climat et la nature de ses productions.
Prédomi- Les observations fondées sur la connaissance de notre hémisphère ne peuvent pas s'appliquer à l'autre. Dans celui-ci le froid prédomine et la rigueur de la zone glacée s'étend sur la moitié de celle qui, par sa position , devait être tempérée. Des pays où la figue et le raisin devraient mûrir sont ensevelis sous la neige pendant une moitié de l'année , et des terres situées dans le même parallèle que les provinces les plus fertiles et les mieux cultivées de l'Europe sont desséchées par des gelées perpé-
nance du froid.