LIVRE QUATRIÈME
rels avec froideur et indifférence : elles ne sont pas l'objet de cette affection tendre qui se forme dans les sociétés civilisées , et n'inspirent point ces désirs ardents, naturels aux nations encore grossières. Même dans les climats où cette passion acquiert d'ordinaire sa plus grande énergie , le sauvage de l'Amérique regarde sa compagne avec dédain, comme un animal d'une espèce inférieure à lui. Il ne s'occupe point à gagner son affection par des soins assidus , et s'embarrasse encore moins de la conserver par la complaisance et la douceur1. Les missionnaires eux-mêmes, malgré l'austérité des idées monastiques, n'ont pu s'empêcher de témoigner leur étonnement de la froide indifférence que les jeunes Américains montrent dans leur commerce avec l'autre sexe2; et il ne faut attribuer cette réserve à aucune opinion particulière qui leur fasse attacher quelque mérite à la chasteté des femmes; c'est une idée trop raffinée pour un sauvage , et qui tient à une délicatesse de sentiment et d'affection qui lui est étrangère 3.
Dans les recherches qu'on fait sur les facultés Réflexions
. „ sur ces objets.
(1) Hentiepi n , Mœurs des sauvages, 32, etc. Rochefort, Hist. des îles
Antilles, p. 461. Voy. de Coreal, II, 141. Ramusio, III, 309. F. Lozano, Description del Grand Chaco, 71. Falkner's Description of Patagonia,p. 12 5. Lettere di P. Cataneo, ap. Muratori, II Christian. Felice, I, 3o5.
(2) Chanvalon, p. 5r. Lett. édif. corn. 24 , 3iS. Du Tertre, II, 33:. Venegas, I, 81 Ribas. Hist. de los triumf.p. 2.
(3) Voyez la note 3o.
70 HISTOIRE DE L AMÉRIQFI.
physiques ou intellectuelles des races particulières d'hommes, il n'y a point d'erreur plus commune et plus séduisante que celle d'attribuer a un seul principe des singularités caractéristiques qui sont l'effet de l'action combinée de plusieurs causes. Le climat et le sol d'Amérique diffèrent à tant d'égards de ceux de l'autre hémisphère, et cette différence est si sensible et si frappante , que des philosophes distingués ont trouvé cette circonstance suffisante pour expliquer ce qu'il y a de particulier dans la constitution des Américains. Ils attribuent tout aux causes physiques , et regardent la faiblesse de corps et la froideur d'ame des Américains comme des conséquences de la température de cette portion du globe qu'ils habitent. Cependant l'influence des causes morales et politiques méritait quelque attention ; car elles opèrent avec autant de force que celles par lesquelles on a cru pouvoir expliquer entièrement les phénomènes singuliers dont on a parlé. Partout où l'état de société est tel qu'il en résulte des besoins et des désirs qui ne peuvent être satisfaits que par des efforts réguliers de l'industrie, le corps accoutumé au travail devient robuste et s'endurcit à la fatigue. Dans un état plus simple, où les désirs des hommes sont si modérés et en si petit nombre qu'on peul les satisfaire presque sans nul travail avec les productions sponlanécvs de la nature, 1rs facultés du corps