‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 35 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

l'action d'une chaleur forte et continue, nous trouvons que l'extrême blancheur de la peau commence bientôt à diminuer; que la couleur du teint s'obscurcit par degrés à mesure que nous avançons , et qu'après avoir passé par toutes les nuances successives elle se termine à un noir décidé et uniforme1. Mais en* Amérique, où l'action de la chaleur est balancée et affaiblie par différentes causes que j'ai déjà expliquées, le climat semble être privé de l'énergie qui produit ces effets étonnants sur la figure humaine. La couleur de ceux des Américains qui vivent sous la zone torride est à peine d'une nuance plus foncée que celle des peuples qui habitent les régions plus tempérées du même continent. Des observateurs attentifs qui ont eu occasion de voir les Américains dans les différents climats et dans des contrées fort distantes les unes des autres, ont été frappés de la ressemblance étonnante qu'ils ont trouvée dans leur air et leur forme extérieure 8. Mais si la main de la nature semble n'avoir suivi qu'un modèle en formant la ligure humaine en Amérique, l'imagination y a créé des fantômes aussi bizarres que divers. Les mêmes fables qui s'étaient répandues dans l'ancien continent ont été ressuscitées dans le Nouveau-Monde , et l'Amérique a été peuplée aussi d'êtres humains d'une forme monstrueuse

(r) Voyez la noie 32.

(a) Voyez la note 33. «

et fantastique. On a conté que certaines provinces étaient habitées par des pygmées de trois pieds de haut , et que telle autre contrée produisait des géants d'une énorme grandeur. Quelques voyageurs ont publié des descriptions de certains peuples qui n'avaient qu'un œil , d'autres prétendaient avoir découvert des hommes sans tête, dont les yeux et la bouche se trouvaient placés à la poitrine. Sans doute la variété de la nature dans ses productions est si grande qu'il y aurait de la présomption à vouloir fixer des bornes à sa fécondité et à rejeter indistinctement toute relation qui ne serait pas entièrement conforme à notre expérience et à nos observations limitées; mais se hâter d'adopter, sur les preuves les plus légères , tout ce qui porte un caractère de merveilleux, c'est une autre extrémité encore moins digne d'un esprit philosophique ; d'autant que les hommes ont toujours été plus facilement entraînés dans l'erreur par la faiblesse à croire trop que par l'orgueil de ne pas croire assez. A mesure que les connaissances s'étendent et que la nature est observée par des yeux plus exercés, on voit s'évanouir les merveilles qui amusaient les siècles d'ignorance; on a oublié les contes que des voyageurs crédules ont répandus sur l'Amérique ; on a cherché en vain les monstres qu'ils ont décrits, el l'on sait aujourd'hui que ces provinces où iW prétendaient avoir trouvé des habitants d'une forme si extraordinaire, sont habitées par

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