‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 36 sur 161 · LIVRE QUATRIEME. 8 I · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME. 8 I

des peuples qui ne diffèrent en rien des autres Américains \

Quoiqu'on puisse, sans entrer dans aucune discussion , rejeter de pareilles relations , comme fabuleuses , il y a d'autres variétés de l'espèce humaine qu'on prétend avoir été observées dans quelques parties du Nouveau-Monde , et qui, paraissant fondées sur des témoignages plus graves, méritent d'être examinées avec plus d'attention. Ces variétés ont été particulièrement observées en trois cantons différents ; la première se trouve à l'isthme de Darien près du centre de l'Amérique. Lionel Wafer, voyageur qui montre plus de curiosité et d'intelligence qu'on ne s'attendait à en trouver dans un associé des boucaniers, découvrit en cet endroit une race d'hommes peu nombreuse , mais singulière. Suivant sa description, ils sont d'une petite taille, d'une constitution délicate et incapables de supporter la fatigue. Leur teint est d'un blanc de lait fade, qui ne ressemble point à celui des blonds parmi les Européens , et sans la moindre nuance d'incarnat ou de rouge. Leur peau est couverte d'un duvet fin , couleur de craie blanche ; leurs cheveux , leurs sourcils et leurs cils sont de la même nuance. Leurs yeux sont d'une forme si singulière , et si faibles, qu'ils ont de la peine à supporter la lumière du soleil; mais ils voient distinctement à la

(i) Voyez la note 3/».

S'2 HISTOIRE DE i/ AMÉRIQUE.

lumière de la lune , et ils sont gais et actifs pendant la nuit1. On n'a découvert aucune race semblable dans les autres parties de l'Amérique. Gortès remarqua, il est vrai, parmi les animaux rares et monstrueux que Montézume avait rassemblés , quelques créatures humaines ressemblant aux hommes blancs du Darien2; mais comme l'empire du Mexique étendait sa domination jusqu'aux provinces qui bordent l'isthme de Darien , il est probable que c'étaient des êtres de la même race. Quelque singularité qu'il y ait dans la forme extérieure de ce petit peuple, on ne peut cependant pas le regarder comme constituant une espèce particulière. Parmi les nègres de l'Afrique , ainsi que dans quelques îles de l'Inde, la nature produit quelquefois un petit nombre d'individus qui ont tous les traits et toutes les qualités caractéristiques des hommes blancs du Darien : les premiers sont appelés albinos par les Portugais , et les derniers Kackerlakes par les Hollandais. Au Darien , les pères et mères de ces hommes blancs sont de la même couleur que les autres habitants du pays : cette observation s'applique également a la progéniture anomale des nègres et des Indiens. I a\ même mère qui met au monde quelque enfant d'une couleur qui n'est pas celle de la race en produit

(t) Wafer, Descrin, de l'isthme de Darien, dans Les Voyages de Dan/pi cr, tàrn. III.

(2) Curies , an. Ramus, p. a 41» E.

d'autres de la couleur qui est propre à son pays1. On peut donc tirer une conclusion générale, relativement aux blancs de Wafer, aux Albinos et aux Kackerlakes : c'est qu'ils forment une race dégénérée et non une classe particulière d'hommes , et que la couleur et la faiblesse particulières qui marquent leur dégradation leur ont été transmises par quelque maladie ou quelque vice physique de leurs parents. On a observé, comme une preuve décisive de cette opinion, que ni les blancs du Darien, ni les Albinos d'Afrique ne propagent leur race : leurs enfants naissent avec la couleur et le tempérament propres aux autres habitants du même sol V*

Le second district, occupé par des habitants qui diffèrent à l'extérieur des autres Américains , est situé sous une latitude fort avancée vers le nord, s'étendant de la cote de Labrador vers le pôle , tant que le pays est habitable. Les malheureux habitants de ces tristes régions, connus en Europe sous le nom d'Esquimaux, se sont donné le nom deKeralit, qui veut dire homme , par un effet de ce sentiment d'orgueil national qui console les peuples les plus grossiers et les plus misérables. Ils sont robustes et d'une taille moyenne ; ils ont la tête d'une grosseur

(i) Margrav. Hist. rer. nat. Bras., lih. VIII, cap. 4.

(2) Wafer,/?. 348. Demanet, Hist. de l'Afrique, II, 234. Recherches philos, sur les Amer., II, 1, etc.

(*) S'ils ne se propagent pas , ainsi que le dit Robertson , ils forment une classe particulière et non une race. ( D. L. R. )

démesurée et les pieds d'une petitesse également disproportionnée. Leur teint, quoique basané, parce qu'ils sont continuellement exposés à la rigueur d'un climat glacé, approche cependant plus du blanc des Européens que de la couleur cuivrée des Américains ; et les hommes ont des barbes qui sont quelquefois longues et touffues '. Ces particularités distinctives, jointes à une autre encore moins équivoque, qui est l'affinité de leur langue avec celle des Groënlandais, affinité dont j'ai déjà parlé, peuvent nous faire conclure avec assez de confiance que les Esquimaux sont d'une race différente des autres habitants de l'Amérique.

On ne peut pas prononcer avec la même certitude sur les habitants du troisième* district, qui est situé à l'extrémité méridionale de l'Amérique. Je parle de ces fameux Patagons , qui, pendant deux siècles et demi, ont été un sujet de dispute pour les savants et un objet d'admiration pour le vulgaire. On les regarde comme une des tribus errantes , dispersées sur cette région vaste , mais peu connue de l'Amérique, qui s'étend depuis la rivière de la Plata jusqu'au détroit de Magellan. Leur résidence propre est dans cette partie de l'intérieur des terres qui bordent le Rio-Negro; mais dans la saison

(i) Ellis's, voyagc ta Huihon's hay, p. i3o-i3i. De la PoUhtiY , tom. 1, [). 79. Wale's journ. oj a i<oy. to Churchill river. Phil. traris.,

<Vol. LX, !<>().

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