‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 37 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

des chasses ils poussent souvent leurs courses jusqu'au détroit qui sépare la Terre de Feu du continent. Les premières relations qu'on ait eues de ce peuple furent apportées en Europe par les compagnons de Magellan ", et on les dépeignait comme une race gigantesque, d'une taille au-dessus de sept pieds, et d'une force proportionnée à leur énorme grandeur. On observe parmi diverses classes d'animaux des différences tout aussi remarquables pour la grosseur. Les grandes races de chevaux et de chiens surpassent les plus petites en volume et en force , autant que les Patagons sont supposés s'élever au-dessus du modèle commun de la forme humaine. Mais les animaux ne parviennent à la perfection dont leur espèce est susceptible que dans les climats doux et où ils trouvent en abondance les aliments les plus nourrissants. Ce n'est donc pas dans les déserts incultes des terres magellaniques , et parmi une tribu de sauvages dépourvus d'industrie et de prévoyance , que nous devrions nous attendre à trouver l'homme avec les plus glorieux attributs de sa nature, et distingué par une supériorité de grandeur et de force bien au-dessus de tout ce qu'il a acquis dans toutes les autres régions de la terre. On a besoin des preuves les plus positives et les plus incontestables pour établir un fait si contraire aux lois et aux principes généraux , qui

(i) Falkner's, Dcscrip. ofPatagonia, p. 10.

semblent affecter à tout autre égard la forme humaine, et en déterminer les qualités essentielles; mais ces preuves n'ont pas encore été produites. Quoique plusieurs voyageurs, dont le témoignage est d'un grand poids , aient , depuis Magellan , visité cette même partie de l'Amérique et communiqué avec les naturels ■ ; quoique les uns aient affirmé que les individus qu'ils avaient vus étaient d'une taille gigantesque, et que d'autres aient tiré la même conclusion en mesurant la trace de leurs pieds ou les squelettes des morts; cependant les relations des uns et des autres diffèrent dans des points si essentiels , et sont mêlées de tant de circonstances évidemment fausses ou fabuleuses, qu'il est impossible d'y donner une entière confiance. D'un autre coté, quelques navigateurs , et parmi ceux-ci les hommes les plus distingués par le discernement et l'exactitude, ont affirmé que les Patagons avec lesquels ils avaient eu des relations , quoique grands et bien faits, n'étaient point de cette grandeur extraordinaire qui en ferait une race distincte des autres habitants de la terre. L'existence de cette race de géants semble donc être encore un de ces problèmes d'histoire naturelle sur lesquels un esprit sage doit hésiter et suspendre son jugement, jusqu'à ce que des preuves plus complètes lui apprennent s'il peut adopter un fait contraire en apparence à ce que l'expérience

(i) Voyez, la QOti 35.

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