‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 38 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

et la raison ont découvert jusqu'ici concernant l'état et la structure de l'homme dans toutes les contrées diverses où il a été observé'.

Pour nous former une idée complète sur la constitution des habitants de l'un et de l'autre hémisphère, il faudrait non-seulement considérer la forme et la vigueur de leur corps, mais encore examiner quel est le degré de santé dont ils jouissent , et quelle est la durée commune de leur vie. Dans la simplicité de l'état sauvage où l'homme n'est ni accablé par le travail, ni énervé par le luxe, ni tourmenté par l'inquiétude, on est porté à croire que sa vie doit couler doucement , sans être presque jamais troublée par la maladie ni la douleur, jusqu'à ce qu'elle se termine enfin dans une extrême vieillesse par la dégradation successive de la nature. On trouve en effet parmi les Américains, ainsi que chez d'autres peuples sauvages, des hommes dont la figure flétrie et décrépite semble indiquer une vieillesse extraordinaire. Mais , comme la plupart des sauvages ignorent l'art de compter, et qu'ils oublient aussi aisément le passé qu'ils s'occupent peu de l'avenir, il est impossible de connaître leur âge avec un certain degré de précision \ Il est évident que la durée commune de leur vie doit varier considérablement, selon la diversité des climats et

(1) Voyez la note 36.

(a)Ulloa, Notic. Americ. 323. Beaucroft, Nat. Hist. o/Guiana, 334.

la manière différente dont les hommes se nourrissent. Cependant ils semblent être partout exempts de plusieurs des infirmités qui affligent les nations civilisées. Ils ne connaissent aucune des maladies qui sont le produit immédiat du luxe ou de la paresse, et ils n'ont point de mots dans leur langue pour exprimer ce nombreux cortège de maux accidentels auxquels nous sommes sujets.

Mais quelle que soit la situation où l'homme se trouve placé, il est né pour souffrir. Ses maladies dans l'état sauvage sont à la vérité en plus petit nombre; mais, comme celles des animaux, à qui l'homme ressemble beaucoup dans ce genre de vie, elles sont plus violentes et plus funestes. Si le luxe engendre et entretient des infirmités d'un certain genre , la rigueur et les peines de la vie sauvage en produisent d'autres. Comme les hommes dans cet état n'ont aucune prévoyance , et que leurs moyens de subsistance sont précaires, ils passent souvent d'une disette extrême à une extrême abondance , selon les vicissitudes de la fortune dans leurs chasses ou celles des saisons dans les productions de la nature. Leur excessive voracité dans l'une de ces situations et leur abstinence rigoureuse dans l'autre sont également nuisibles; car quoique l'homme puisse s'accoutumer par l'habitude, ainsi que les animaux de proie , à supporter une longue abstinence et à manger ensuite avec voracité , sa

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