LIVRE QUATRIEME
constitution ne peut manquer d'être fortement affectée par des contrastes violents et subits. Ainsi la force et la santé des sauvages sont dans certains temps altérées par ce que leur fait souffrir la disette d'aliments r et en d'autres temps ils sont sujets aux maladies qui naissent des indigestions et de l'excès de nourriture. Ces maladies sont si communes qu'on peut les regarder comme une suite inévitable de leur manière de vivre, et elles font périr un grand nombre d'individus au printemps de leur vie. Ils sont très sujets aussi à la consomption , aux pleurésies,, à l'asthme et à la paralysie 1 , maladies produites par la fatigue et les peines excessives qu'ils ont à supporter dans la chasse et dans la guerre, ou par les intempéries des saisons, auxquelles ils sont continuellement exposés. Dans la vie sauvage l'excès de fatigue attaque violemment la constitution; dans les sociétés policées l'intempérance la mine. Il n'est pas aisé de déterminer laquelle de ces deux causes produit les plus funestes effets , et contribue davantage à abréger la vie de l'homme. L'influence de la première est certainement plus étendue : les effets pernicieux du luxe ne se font sentir dans toutes les sociétés qu'à un petit nombre d'individus, les peines de la vie sauvage se font également sentir à tous. Autant que j'en puis juger après des recherches très détail- Ci) Charlevoix,2\W.Fr. 3. Lafitau, H, 36o. De la Potherie, 2, 37.
iées, la durée commune de la vie humaine est plus courte parmi les sauvages que chez les peuples industrieux et policés. Une maladie redoutable, fléau le plus terrible dont le ciel irrité ait voulu dans cette vie châtier la licence des désirs criminels , semble avoir été particulière aux Américains. En la communiquant à leurs conquérants ils ont amplement vengé leurs injures, et cette nouvelle calamité ajoutée à celles qui empoisonnaient déjà la vie humaine a peut-être compensé tous les avantages que l'Europe a tirés de la découverte du Nouveau-Monde. Cette maladie, prenant son nom du pays où elle a d'abord exercé ses ravages ou du peuple par qui on a cru qu'elle avait été répandue en Europe , a été appelée quelquefois le mal de Naples, et quelquefois le mal français. Elle se montra d'abord si terrible , avec des symptômes si violents et des progrès si rapides et si funestes , qu'elle se jouait de tous les efforts de la médecine. L'étonncment et la terreur accompagnaient ce fléau inconnu dans sa marche, et les hommes commencèrent à craindre qu'il n'annonçât l'extinction entière de la race humaine. L'expérience et l'habileté des médecins découvrirent par degrés les remèdes propres à guérir ou du moins à adoucir le mal. Pendant le cours de deux siècles et demi la violence de cette cruelle maladie s'est calmée d'une manière sensible; enfin, semblable à la lèpre, qui a désolé l'Europe