‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 40 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. gi · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. gi

pendant plusieurs siècles, peut-être s'épuisera-t-elle d'elle-même; et, dans un âge plus heureux, cette peste occidentale, ainsi que celle de l'Orient, ne sera peut-être plus connue que par les descriptions1.

II. Après avoir considéré ce qu'il paraît y avoir Qualités mode particulier dans la constitution physique des ricains> Américains, notre attention doit naturellement se porter sur leurs facultés morales. De même que l'individu passe par degrés de l'ignorance et de la faiblesse de l'enfance à la vigueur et à la maturité de la raison, on peut observer une marche semblable dans les progrès de l'espèce; car il y a aussi pour elle un période d'enfance , pendant lequel plusieurs des facultés de l'ame ne sont pas encore développées , et toutes sont encore faibles et imparfaites dans leur action. Dans les premiers âges de la société, où l'état de l'homme est encore simple et grossier, sa raison est très peu exercée, et ses désirs se meuvent dans une sphère très étroite. De là naissent deux caractères remarquables qui distinguent l'esprit humain dans cet état : ses facultés intellectuelles sont extrêmement bornées ; ses efforts et ses émotions sont faibles et en petit nombre. Ces deux caractères se remarquent clairement chez les plus sauvages des tribus américaines et forment une partie essentielle de leur description.

Ce que les nations policées appellent raisonne- Facultés in-

(i) Voyez la note 37.

Cp HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.

tellectuelles mcnts ou recherches de spéculation est entièrement très mutées. inconnu c]ans ce premier état de société, et ne peut jamais devenir l'occupation ou l'amusement de l'homme, jusqu'à ce qu'il ait fait assez de progrès pour se procurer une suhsistance constante et assurée, et pour jouir du loisir et du repos. Les pensées et l'attention d'un sauvage sont renfermées dans le petit cercle d'objets qui intéressent immédiatement sa conservation ou une jouissance actuelle. Tout ce qui est au-delà échappe à ses regards ou lui est parfaitement indifférent ; semblable aux animaux, ce qui est sous ses yeux l'intéresse et l'affecte ; ce qui est hors de la portée de sa vue ne lui fait aucune impression1. Il y a en Amérique plusieurs peuples qui ont l'intelligence trop bornée pour être en état de faire aucune diposition pour l'avenir. Leur prévoyance et leurs soins ne s'étendent pas jusque là. Ils suivent aveuglément l'impulsion du sentiment qu'ils éprouvent et ne s'embarrassent point des conséquences qui peuvent en résulter dans la suite, ni même de celles qui ne se présentent pas immédiatement à leur esprit. Ils mettent le plus grand prix à tout ce qui leur présente quelque utililé ou quelque jouissance actuelle , et ne font aucun cas de tout ce qui n'est pas l'objet d'un besoin ou d'un désir du moment 2. Lorsqu'à l'approche de la nuit un

(i) Ulloa, Noticius Amcric. 222.

(2) Venegas, Hist. of Calif. I, 66. sepp. Church's. Collect. F, 6<j3. Borde, Descr. des Candies, p. 16. Ellis, Voy. 194.

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