‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 41 sur 161 · LIVRE QUATRIEME. Cp · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME. Cp

Caraïbe se sent disposé à se livrer au sommeil , il n'y a aucune considération qui puisse le tenter de vendre son hamac; mais le matin, lorsqu'il se lève pour se livrer aux travaux ou aux plaisirs que le jour lui annonce, il donnera ce même hamac pour la bagatelle la plus insignifiante qui viendra frapper son imagination1. A la fin de l'hiver, quand l'impression de ce que la rigueur du froid lui a fait souffrir est encore récente dans l'esprit du sauvage d'Amérique , il s'occupe avec activité à préparer des matériaux pour se bâtir une hutte commode qui puisse le garantir contre l'inclémence de la saison suivante ; mais , aussitôt que le temps devient plus doux, il oublie ce qu'il a éprouvé, abandonne ses travaux et n'y pense plus, jusqu'à ce que le retour du froid le force, mais trop tard, à les reprendre2. Si, pour les intérêts les plus pressants, et à ce qu'il semble les plus simples , la raison de l'homme sauvage et dénué de culture diffère si peu de la légèreté des enfants et de l'instinct imprévoyant des animaux, elle ne peut pas avoir une grande influence sur les autres actions de sa 'vie. Les objets sur lesquels la raison s'exerce et les recherches auxquelles elle se livre dépendent de la situation où l'homme est placé, et lui sont indiqués par ses affections et ses besoins. Les réflexions qui paraissent les plus nécessaires et

(i) Labat, Voy. 2, 114, n5. Du Tertre. II, 385. (2) Adair's Iiist. of Americ. Ind. 417.

les plus importantes aux hommes dans un certain état de société ne se présentent jamais à eux dans un autre ordre de choses. Chez les nations civilisées, l'arithmétique ou l'art de combiner les nombres est regardée comme une science essentielle et élémentaire , dont l'invention et l'usage dans notre continent remontent à des temps antérieurs aux monuments de l'histoire. Mais parmi des sauvages qui n'ont ni biens à évaluer, ni richesses accumulées à compter, ni une multitude d'objets et d'idées à dénombrer, l'arithmétique est un art inutile et superflu ; aussi se mble-t-elle être entièrement inconnue à plusieurs peuplades américaines. Il y en a qui ne peuvent compter que jusqu'à trois , et n'ont aucun terme pour distinguer un nombre supérieur1. Quelquesunes comptent jusqu'à dix, d'autres jusqu'à vingt. Lorsqu'elles veulent donner l'idée d'un nombre audelà, elles montrent leur tête, pour faire entendre que ce nombre est égal à celui de leurs cheveux, ou d^nt avec étonnement qu'il est si grand qu'il est impossible de l'exprimer3. Non-seulement les Américains, mais encore tous les peuples qui sont dans l'état sauvage , semblent ignorer l'art du calcul3. Cependant, aussitôt qu'ils apprennent à con-

(i) La Cbndamtne, p. 67. Stadius, ap. de Dry, IX, ia8L Lery, ib'ul. iSi. Biet, 36ss. Lettres edif. XXIII, 3r4.

(2) Lhimont, Mém. sur la Louis. /, 1S7. Honora, Decail. /, lib. III, cap. 3. Biet, Î96. Borde, fi.

(3) C'est te cas des Groenlandais. /<;><:. CranU, I, aa5, ri do* Kamtschadales , voy. l'abbé Ghappe, tom. III , 17.

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