LIVRE QUATRIÈME. Ç)C
d'attirer leur attention et d'occuper leur esprit '. Si même chez ces peuples la raison humaine se meut dans une sphère si étroite d'activité , et n'arrive jamais dans ses plus grands efforts à la connaissance des principes et des maximes générales <mi servent de fondement à la science, nous pouvons conclure que les facultés intellectuelles de l'homme dans l'état sauvage , ne se portant point sur les objets les plus propres à leur donner de l'activité , ne peuvent acquérir que peu de vigueur et d'étendue.
Par un effet des mêmes causes, les puissances actives de l'ame doivent s'exercer rarement et presque toujours faiblement. Si nous examinons 4es motifs qui dans la vie civilisée mettent les hommes en mouvement, et les portent à soutenir long-temps des efforts pénibles de vigueur ou d'industrie, nous trouverons que ces motifs tiennent particulièrement à des besoins acquis. Ces besoins multipliés et importuns tiennent l'ame dans une agitation perpétuelle , et , pour les satisfaire , l'invention doit être continuellement tendue et l'esprit sans cesse occupé. Mais les désirs de la simple nature sont en petit nombre ; dans les lieux où un climat favorable produit presque sans effort tout ce qui peut les satisfaire , à peine agissent-ils sur l'ame , et ils y excitent rarement des émotions violentes. Aussi les
(i) Lafilau, II , 2.
iOO HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
habitants de plusieurs parties de l'Amérique passent leur vie dans une indolence et une inaction totales : tout le bonheur auquel ils aspirent , c'est d'être dispenses du travail. Ils restent des jours entiers couchés dans leur hamac , ou assis à terre , dans une oisiveté parfaite, sans changer de posture, sans lever les yeux de dessus la terre , sans prononcer une seule parole '.
Leur aversion pour le travail est telle que ni l'espérance d'un bien futur, ni la crainte d'un mal prochain ne peuvent la surmonter. Ils paraissent également indifférents à l'un et à l'autre , montrant peu d'inquiétude pour éviter le mal et ne prenant aucune précaution pour s'assurer le bien. L'aiguillon de la* faim les met en mouvement ; mais comme ils dévorent presque sans distinction tout ce qui peut apaiser ces besoins de l'instinct, les efforts qui en sont l'effet n'ont que peu de durée. Comme les désirs ne sont ni ardents ni variés, ils n'éprouvent point l'action de ces efforts puissants qui donnent de la vigueur aux mouvements de l'aine et excitent la main patiente de l'industrie à persévérer dans ses efforts. L'homme , en quelques parties de l'Amérique, se montre sous une forme si grossière que nous ne pouvons découvrir aucun des effets de son industrie, et que le principe de raison qui doit la diriger semble à peine développé. Semblable aux
(i) Bouguer, Voyngeau Vcrou, 101. Borde, i5.