LIVRE QUATRIÈME. I o
il. devient d'autant moins inquiet sur ses besoins que les moyens d'y pourvoir sont plus incertains et plus difficiles à obtenir '.
III. Après avoir examiné quelle était la constitution physique des Américains, et quelles étaient leurs facultés morales , l'ordre naturel de notre travail nous conduit à les considérer comme rassemblés en corps de société. Jusqu'à présent nos recherches se sont bornées aux effets de leur industrie pour eux-mêmes, comme individus; nous allons examiner maintenant quelles sont les affections et quel est le degré de sensibilité qu'ils montrent pour leurs semblables.
L'état domestique est la première et la plus simple forme des associations bumaines. L'union des deux sexes entre différents animaux a toujours une durée proportionnée aux moyens et aux difficultés d'élever leurs petits. Il ne se forme aucune union permanente parmi les espèces où la durée de l'enfance est très courte , et où l'animal acquiert rapidement la vigueur et l'agilité. La nature y confie à la mère seule le soin d'élever les petits, et sa tendresse suffit à ce devoir sans aucune autre assistance. Mais dans les espèces où l'enfance est très longue et très faible , où les secours réunis du père et de la mère sont nécessaires pour le soutien des petits , il se forme des unions plus intimes , qui con-
(i) Voyez la note 3g.
104 HISTOIRE DE l'aMERTQUE.
tinuent jusqu'à ce que l'objet de la nature soit accompli , et que la nouvelle race soit parvenue à l'âge de la force. Comme l'enfance de l'homme est beaucoup plus faible et a plus besoin de secours que celle de tous les autres animaux ; comme il dépend beaucoup plus aussi des soins et de la prévoyance de ses parents, l'union de l'homme et de la femme doit être considérée comme un contrat non - seulement solennel , mais même permanent. Cet état de nature ou toutes les femmes appartiennent à tous les hommes et tous les hommes à toutes les femmes , n'a jamais existé que dans l'imagination des poètes. Dans l'origine des sociétés , quand l'homme sans art et sans industrie mène une vie dure et précaire, l'éducation des enfants exige les soins et les efforts du père et de la mère. Leur race ne pourrait se conserver si leur union n'était formée et continuée dans cette vue. En Amérique même, parmi les tribus les plus barbares, l'union de l'homme et de la femme était soumise à des règles , et les droits du mariage étaient reconnus et fixés. Dans les contrées ou les moyens de subsister étaient peu nombreux, et où les difficultés d'élever une famille étaient par conséquent très grandes, l'homme se bornait à une seule femme. Dans les climats plus chauds et plus fertiles, la (aeilité de se procurer des subsistances , jointe aux influences de l'ardeur du climat , portail les habi-