LIVRE QUATRIÈME. Io
tants à augmenter le nombre de leurs femmes '. Dans quelques pays le mariage durait pendant toute la vie; dans d'autres, le caprice et la légèreté qui forment le caractère naturel des Américains , et leur aversion pour toute espèce de contrainte , leur faisaient rompre le nœud du mariage sur le plus frivole prétexte , et même souvent sans en assigner aucune cause 3.
Mais soit qu'ils considérassent le mariage comme une union passagère , soit qu'ils le regardassent comme un contrat perpétuel , l'humiliation et la peine étaient toujours également le partage de la femme. On a demandé si la condition de l'homme était devenue meilleure par les progrès des arts et de la civilisation, et c'est là encore une de ces vaines questions qui nourrissent les disputes des philosophes. Mais il n'est point douteux que les femmes ne soient redevables à la politesse des mœurs d'un changement très heureux dans leur sort. Dans toutes les parties du globe , ce qui caractérise particulièrement l'état sauvage, c'est le mépris et l'oppression auxquels y est condamné le sexe le plus faible. L'homme enorgueilli de sa force et de son courage, qui sont toujours les premiers titres à la prééminence parmi les nations barbares , y traite la femme avec dédain
(i) Lettres édif. 2 3 , 3i8. Lafitau, Mœurs des sauvages, I, 554. Lery, op. de Bry, III, 234. Joum. de Guillet et Béchamel , 88.
(2) Lafitau, I, 58o. Joulel, Joum. hist 3/, 5. Lozano, Descr.de/ gvan C/iaco, 70. Hennepin, Mœurs des sauvages, p. 3o-3'J.
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et comme un être d'une espèce inférieure. Peut-être que les sauvages américains ont encore pour elle plus de mépris et de dureté, par une suite de cette insensibilité, de cette froideur naturelle qu'on a remarquée dans leur constitution physique l. Les voyageurs les plus éclairés ont été frappés de leur extrême indifférence pour leurs femmes. Ce n'est point, comme je l'ai observé, par ces soins complaisants qu'inspire la tendresse que les Américains s'efforcent de mériter le cœur de la femme qu'ils désirent d'avoir pour compagne. Le mariage même, au lieu d'être une union d'amour et d'intérêt entre deux égaux, est plutôt une chaîne qui lie une esclave à son maître. Un auteur, dont les opinions doivent être d'un très grand poids, a observé que partout où l'on achète les femmes leur condition est infiniment malheureuse a. Elles deviennent les esclaves et la propriété de celui qui les achète. Cette observation se vérifie dans tous les pays du monde où la même coutume s'est établie. Chez les peuples qui ont fait quelques progrès dans la civilisation, les femmes qu'on achète sont exclues de la société ; elles sont renfermées dans des appartements séparés , et gémissent sous la garde vigilante et sévère de leurs maîtres. Chez les peuples plus grossiers, elles sont condamnées aux plus viles occupations. Parmi plusieurs
(r) Voyez la note 3o déjà citée, (a) Skctihcs <>/' Hist. o/Man. J, iS\