‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 48 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. IO · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. IO

nations de l'Amérique , le contrat de mariage n'est proprement qu'un contrat de vente; l'homme y achète une femme de ses parents. Quoiqu'on n'y connaisse l'usage ni de la monnaie , ni de ces autres moyens que le commerce a imaginés parmi les nations civilisées pour en tenir lieu, on y sait cependant se procurer les objets qu'on désire en donnant en échange quelque chose d'une valeur équivalente. Chez quelques nations, l'acheteur consacre ses services pour un certain temps aux parents de la femme qu'il recherche : chez d'autres , il chasse pour eux dans l'occasion et les aide ou à cultiver leurs champs ou à creuser leurs canots. Chez quelques autres enfin , il leur fait présent des choses les plus estimées et les plus recherchées pour leur utilité ou leur rareté ' : il en reçoit sa femme en retour. Toutes ces causes jointes au peu de cas que tous les sauvages font des femmes , portent un Américain à regarder sa compagne comme une servante qu'il a acquise , et à se croire en droit de la traiter comme un être inférieur. Chez toutes les nations non civilisées , il est vrai , les fonctions de l'économie domestique, naturellement réservées aux femmes , sont si nombreuses qu'elles les assuj eussent aux travaux les plus pénibles, et leur font porter plus de la moitié du fardeau qui devrait être le partage commun des deux

(1) Lafitau, Mœurs des sauvages, I, 56o. Charlevoix , Nouv. Franc, III, a85. Herrera, Decad. IF, lib. IV , cap. 7. Dumont, II, i56.

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sexes. Mais, en Amérique particulièrement, leur condition est si misérable et la tyrannie qu'on exerce sur elles si cruelle, que le mot de servitude est encore trop doux pour donner une juste idée des malheurs de leur état. Parmi quelques tribus, la femme est considérée comme une bête de somme destinée à tous les travaux et à toutes les fatigues, et tandis que l'homme perd sa journée entière dans la dissipation -ou dans la paresse, elle est condamnée à un travail continuel. On lui impose sans pitié les ouvrages les plus pénibles, et on reçoit ses services sans en avoir de reconnaissance'. Il n'est point de circonstance dans la vie qui ne rappelle aux femmes cette infériorité humiliante.il ne leur est permis d'approcher de leurs maîtres qu'avec le plus profond respect; les hommes sont pour elles des êtres si supérieurs qu'elles ne peuvent pas même manger en leur présence9. Enfin dans quelques contrées de l'Amérique leur destinée est si affreuse qu'on a vu des femmes , devenues barbares par les mouvements mêmes de la tendresse maternelle, arracher la vie à leurs filles, pour leur épargner la servitude intolérable à laquelle elles allaient être condamnées3. C'est ainsi que la première institution de la vie sociale est pervertie en

(i) Du Tertre, II, \8r2. Borde, Retat. des menus des Caraïbes, p. 2. I.ici , Î.O7. La Condamine , d. no. Fermin. I, 7<>.

(?.) GumîUa, J, i5i. Barrère, 164* Labat, Voy. II, 78. Chanvalon, ">.. Du Tertre, II, ;<>«..

(3)Gumilîa, H, à33 . 3>38. Herrera, A-.W 1 //, til>. /Y, cap \

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