LIVRE QUATRIÈME. l
continent de l'Amérique septentrionale le vent du nord-ouest et le froid excessif sont des termes synonymes. Même dans l'été le plus brûlant, dès que le vent tourne de ce coté, son activité pénétrante se fait sentir par un passage aussi violent que subit du chaud au froid. C'est à cette cause puissante qu'il faut attribuer l'influence extraordinaire du froid et ses incursions violentes dans les provinces méridionales de cette partie du globe '.
D'autres causes non moins remarquables servent à diminuer la puissance active de la chaleur dans les régions du continent de l'Amérique situées entre les tropiques. Dans toute cette partie du globe le vent souffle invariablement dans une direction de l'est à l'ouest. Ce vent, en suivant sa route à travers l'ancien continent, arrive à des pays qui s'étendent le long de la cote occidentale de l'Afrique, embrasé de toutes les particules ignées qu'il a entraînées des plaines échauffées de l'Asie et des sables brûlants des déserts de l'Afrique. La cote d'Afrique est donc la région de la terre qui, étant exposée à toute l'ardeur de la zone torride sans aucune circonstance qui la tempère, doit éprouver la plus violente chaleur; mais ce même vent, qui apporte cette augmentation de chaleur aux pays situés entre la rivière de Sé-
(i) Charlevoix, Hht.de la Nom. France, tom. III, pag. i65. HisL gèn. des voyages, tom. XV, p. 21 5 , etc.
l6 HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
négal et la Cafrerie, traverse l'océan Atlantique avant que d'arriver aux cotes d'Amérique; il se refroidit en passant sur ce vaste amas d'eau, et ne se fait plus sentir que comme une brise rafraîchissante le long des cotes du Brésil ' et de la Guyane ; de sorte que ces pays , quoique comptés parmi les plus chauds de l'Amérique, ont un climat tempéré en comparaison de ceux qui sont dans les latitudes correspondantes en Afrique 2. En avançant à travers l'Amérique, ce vent rencontre des plaines immenses couvertes de forets impénétrables ou occupées par de grandes rivières, par des marais et des eaux stagnantes qui ne peuvent pas lui rendre une grande chaleur. Enfin il arrive aux Andes qui traversent tout le continent dans une direction du nord au sud. En passant sur ces hauteurs glacées il acquiert un tel degré de froid, que la plus grande partie des pays qui se trouvent au-delà n'éprouvent pas la chaleur dont ils paraissent susceptibles par leur position 3. Dans les autres provinces de l'Amérique , depuis la terre ferme à l'ouest jusqu'à l'empire du Mexique, la chaleur du climat est tempérée en quelques endroits par l'élévation du sol au-dessus de la mer, en d'autres par l'humidité extraordinaire
(r) Voyez la noto 7.
(2) Voyez la note 8.
(3) Acosta, Hist. non ovins, lié. Il, cap. a.Buffon , Histoire naturelle, tom. III, pag. 5i2, etc.; IX, pag. 107, etc. Osborus Collcct. of voyagt . font. II, p. 868.