‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 50 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. I I t · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. I I t

faut se donner dans la vie sauvage pour conduire les enfants jusqu'à l'âge mûr étouffe souvent la voix de la nature parmi les Américains \ et les rend même insensibles aux vives émotions de la tendresse paternelle.

Mais quoique la nécessité oblige les habitants de l'Amérique à mettre des bornes à l'accroissement de leurs familles ; ils ne manquent pas d'affection et d'attachement pour leur progéniture. Tant que la faiblesse des enfants exige leurs secours , ils sentent fortement le pouvoir de l'instinct de la nature , et aucun peuple ne peut les surpasser dans les soins de la tendresse paternelle \ Mais chez les nations barbares la dépendance des enfants et le pouvoir des pères ont bien moins de durée que chez les peuples policés. Quand une éducation prévoyante doit préparer les enfants aux fonctions variées de la vie civile ; quand ils doivent acquérir la connaissance des sciences les plus abstraites, ou se former aux arts les plus compliqués avant d'entrer dans la carrière du monde, les soins attentifs des parents ne se bornent pas aux jours de l'enfance, ils s'étendent encore jusqu'à l'établissement de l'homme dans la société. Et même alors les tendres inquiétudes des parents ne sont pas finies : leur protection est encore souvent nécessaire; leur sagesse et leur expérience sont encore des guides

(i) Gumilla, I, an. Biet , 390.

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utiles. C'est ce qui forme une union permanente entre les enfants et les pères. Mais dans la simplicité de la vie sauvage, la tendresse paternelle, semblable à cette affection d'instinct que les animaux ont pour leurs petits , cesse dès que les enfants sont parvenus à l'âge de maturité. 11 ne faut pas de longues instructions pour les rendre propres au genre de vie auquel ils sont destinés. Les parents considèrent leurs devoirs comme remplis j aussitôt qu'ils ont conduit leurs enfants jusqu'au-delà de cet âge de faiblesse où ils ne peuvent point subvenir à leurs propres besoins , et ils leur laissent, alors une entière liberté. Ils ne leur donnent presque jamais de conseils, ils ne les grondent et ne les châtient point , ils les laissent enfin maîtres absolus de leurs propres actions l. Dans une cabane américaine, le père, la mère et les enfants vivent ensemble comme des personnes que le hasard aurait rassemblées, sans avoir jamais les uns pour les autres aucune de ces attentions qui sembleraient devoir naître des rapports qui les unissent2. Le souvenii' des bienfaits qu'on a reçus dans la première enfance est trop faible pour exciter ou nourrir la tendresse filiale, lorsqu'elle n'est plus entretenue par des soins ou des bons offices continus. Plein du sentiment

(i) Charlcvok, /// 272. Biet, ><)<>. f.iimilla , /, aia. Lafitau , /, 60?. Creuxii JH^l. Cumul, p. 71. IVniaiulcs , Relue, hist de loi Chequit. 33.

(a) Gharlevoix, Hist. <!<■ lu tfottv. France, III, o.-'\.

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