LIVRE QUATRIÈME. I I
pour leur paresse. Les racines que la terre produit d'elle-même, les fruits, les baies et les grains qu'elles recueillent dans les bois , avec les lézards et les autres reptiles qui se multiplient d'une manière surprenante par suite de la chaleur du climat sur un sol gras, humecté par de fréquentes pluies , forment leur nourriture pendant une partie de l'année ' . Elles vivent de la pêche le reste du temps. La nature elle-même semble avoir favorisé la paresse de ce peuple , par la profusion avec laquelle elle lui donne à cet égard tout ce qui suffit à ses besoins. Les vastes rivières de l'Amérique méridionale fournissent en abondance les poissons les plus délicats et les plus variés. Les lacs et les marais , formés par les inondations annuelles des eaux, sont remplis des différentes espèces de poissons qui y restent comme en des réservoirs naturels pour les besoins des habitants : il y a des lieux où le poisson est en si grande abondance, qu'il ne faut ni art ni adresse pour le pêcher2. En quelques autres endroits les naturels du pays ont trouvé le moyen d'infecter les eaux du suc de certaines plantes qui enivre le poisson, de manière qu'il vient flotter sur la surface de l'eau, où on le prend avec la main 3. Quelques tribus ont l'art de le conser-
(i) Nieuhoff , Hist. of Brasil. Churchill, Collect. II, i3/f. Simon, Conquista de. Tierra firme, p. 166. Techo, Account of Paraguay, Churchill, VI, 78. Lettres édif. a3 , 384, 10, 190. Lozano , Descr. del Grau Cliaco, p. 81. Ribas, Hist. de los Triumfos , etc., p. 7.
(2) Voyez la note 41. (3) Voyez la note 42.
i j G histoire df, l'Amérique.
ver sans le secours du sel, en le faisant sécher ou fumer sur des claies au moyen d'un feu très lent '. La fécondité des fleuves de l'Amérique méridionale a engagé plusieurs peuples à ne vivre que sur leurs rives et à se confier entièrement pour leur nourriture à l'abondance des poissons que les eaux leur fournissent2. Dans cette partie du globe, la chasse ne paraît pas avoir été la première occupation de l'homme, ou le premier effort de son invention et de son travail; il y a été pécheur avant d'être chasseur; et comme la pêche n'exige ni autant d'activité ni autant d'adresse que la chasse , les peuples qui sont encore dans ce premier état ne peuvent avoir le même degré d'intelligence et d'industrie. Les nations qui habitent les bords de l'Orénoque e! du Maragnon sont évidemment les moins actives et les plus stupides de toutes les nations américaines. Mais il n'y a que les peuples qui vivent le long des grandes rivières qui puissent subsister ainsi. Presque aucune des nations de f Amérique, répandues dans les vastes forêts qui couvrent cette région, ne pouvait se procurer des subsistances avecia menu» facilité, quoique ces forêts, particulièrement celles du midi du Nouveau -Monde», fussent remplie* de gibier3. Jl fallait toujours et beaucoup d'activité et
(r) La Condamna , r5g. Gninilla, 1 I, V. Lettres edif. XIV, fgg ; XXIII, .'J28. Aciigna, Relat. de la rivière (les 1 nia zones, r3S. (9.) Barrère, Relat. de lu Franc, équihox. p. 1 55. ( 'J) P. Martyr, Decod. p. '>•.>.',. Gumilla, II. '1, </<•. Acugna, I, i5f>.