LIVRE QUATRIÈME. II
beaucoup d'adresse pour le poursuivre et pour l'atteindre. La nécessité força les Américains à être actifs , et leur apprit à devenir industrieux. La chasse fut leur principale occupation ; et comme c'est un exercice qui exige beaucoup de courage , de force et d'adresse , elle fut considérée comme une occupation aussi honorable que nécessaire* Elle était réservée particulièrement aux hommes : ils s'y exerçaient dès la plus tendre jeunesse. Un chasseur hardi et courageux était placé par l'opinion publique à coté du guerrier le plus distinguent l'alliance du premier était souvent préférée à celle du second \ Presque aucun des moyens que l'homme a imaginés pour surprendre et détruire les animaux sauvages n'était inconnu aux Américains. Quand ils ont entrepris une chasse , ils sortent de cette indolence qui leur est naturelle ; ils développent les facultés de leur esprit qui demeuraient presque toujours cachées , et deviennent actifs , constants et infatigables. Leur sagacité à découvrir leur proie égale leur adresse à la tuer. Toutes leurs facultés étant constamment dirigées vers cet objet, ils montrent une fécondité d'invention , et leurs sens ont acquis un degré de finesse qu'on a peine a concevoir. Ils distinguent les divers animaux a des traces de leurs pas qui échapperaient à tous les autres yeux, et ils les poursuivent avec intrépidité à tra-
(1) Charlevoix, Hist. de la Nouv. France, III, n5.
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vers les forets les plus impénétrables. Lorsqu'ils attaquent le gibier directement , presque jamais leurs flèches ne manquent le but ' , et lorsqu'ils lui tendent des pièges , il est presque impossible qu'il leur éebappe. Dans quelques peuplades, il n'était permis aux jeunes gens de se marier que lorsqu'ils avaient fait preuve d'une telle habileté à la chasse, qu'on ne pouvait plus douter qu'ils ne fussent capables de subvenir à tous les besoins d'une famille. Leurs facultés, continuellement exercées et excitées par l'émulation et par le besoin , leur a fait imaginer des moyens qui facilitent beaucoup les succès de leur chasse. La plus remarquable de leurs découvertes en ce genre est celle d'un poison dans lequel ils trempent les flèches dont ils se servent. La plus légère blessure de ces flèches empoisonnées est toujours mortelle. Si elles percent seulement la peau, le sang se fige et se glace dans un moment; l'animal le plus vigoureux tombe sans mouvement sur la terre. Ce poison cependant, malgré sa violence et sa subtilité , ne corrompt point la chair de l'animal qu'il fait périr: on peut la manger en toute sûreté, et elle conserve toutes les qualités qui lui sont naturelles. Toutes les tribus qui vivent le long du Maragnon et de l'Orénoque connaissent la composition de ce poison, dont le principal ingrédient
(i) Bîet, Voy. de l<i France équinox. , 35;. ternes' DUcor. oj //'< river. <>l .lr,<,iz. l'un !i is , l\ . . 287.