‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 54 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. Iig · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. Iig

est le suc extrait de la racine du curare , qui est une espèce de liane '.

Dans quelques autres pays de l'Amérique on emploie le suc du Mancenilier , qui agit pour le moins avec une aussi effrayante activité. Pour les peuples qui possèdent ce secret , l'arc est une arme plus meurtrière qu'un fusil , et dans leurs mains habiles sert à opérer une grande destruction des oiseaux et des quadrupèdes dont les forêts de l'Amérique sont remplies.

Mais la vie du chasseur n'est qu'un degré qui conduit l'homme à un état de société plus avancé. La chasse, dans les pays même où le gibier est le plus abondant et oii les chasseurs ont le plus d'adresse , ne peut donner qu'une subsistance incertaine , et qui manque même totalement dans certaines saisons de l'année. Si le sauvage fait dépendre entièrement sa subsistance de ses flèches, il se voit souvent réduit avec sa famille aux plus crueH.es extrémités 2. Il n'est guère de pays ou la terre produise assez d'elle - même pour suffire à tous les besoins de l'homme. Dans les climats les plus doux , et ou les terres sont les plus fécondes , l'industrie et la prévoyance sont nécessaires jusqu'à un certain point pour s'assurer une subsistance

(i) GHmilla, II, i. La Condamine,.2o8. Reclierches philosoph. II , * Jq. Runrroft , Nat. hist. of Guyana^ 281. ; (2) Voyez la note 43.

constante. L'expérience des disettes qu'éprouvent les peuples chasseurs leur fait surmonter celte horreur presque invincible que les nations sauvages ont pour le travail, et les oblige à avoir recours à la culture des terres comme un supplément à la chasse. H y a des situations particulières où de petites tribus peuvent subsister de la pèche , indépendamment des productions que le travail peut arracher à la terre; mais dans toute l'étendue de l'Amérique il serait difficile de trouver quelque nation de chasseurs qui n'eût pas une espèce de culture.

Fruits di- Leur agriculture n'est cependant ni étendue ni vois e em p^njj3je^ Comme le gibier et le poisson font leur principale nourriture , ils ne se proposent en cultivant la terre que de suppléer au défaut accidentel de ces deux moyens de subsistance. Dans le continent méridional de l'Amérique , les naturels bornaient leur industrie à élever certains végétaux , qui dans un sol riche et sous un climat chaud parviennent aisément à la maturité. Le principal était le maïs, bien connu en Europe sous le nom de ble d'Inde ou de Turquie, espèce de grain très prolifique, d'une culture simple, agréable au goût et qui donne une nourriture forte et savoureuse. Le second de ces végétaux est le manioc , qui acquiert le volume d'un gros arbrisseau ou d'un petit arbre, et produit des racines qui ressemblent assez

aux navets. Après en avoir exprimé avec soin le suc, on réduit ces racines en une poudre fine , dont on fait des gâteaux minces appelés pains de cassave, et qui , quoiqu'ayant un goût fade , ne font pas une mauvaise nourriture '. Comme le suc du manioc est un poison mortel , quelques auteurs ont vanté l'industrie des Américains qui ont su convertir en un aliment sain une plante vénéneuse ; mais on devrait plutôt n'y voir qu'un de ces expédients auxquels la nécessité de trouver un moyen de subsistance force les nations sauvages; ou peut-être les hommes n'ont -ils été conduits à cette découverte que par des procédés gradués où il n'y a plus rien de merveilleux.

Il y a une espèce de manioc entièrement exempte de qualités nuisibles, et qu'on peut manger sans aucune autre préparation que celle de la faire griller sous la cendre chaude. Il est probable que cette espèce fut la première dont les Américains firent leur nourriture ; et la nécessité leur ayant appris par degrés l'art de séparer les sucs nuisibles de l'autre espèce , ils ont ensuite trouvé par les expériences que celle-ci était la plus prolifique et la plus nourrissante des deux 2. Le troisième des

(f) Sîoané, Hlst. of Jamaica, inlrod. p. 18. Labat, I, 394. Acosta, Hist.Ind. occid. natur. lib. IF, cap. 17. Ulloa , I, 62. Aublet, Mémoire sur le manioc. Hist. des plantes, tom. II, pag. 65, etc.

{■>.) Martyr., Decad. 3oi. Labat, I, ^1. Gumilla , III, 192. Macliucha milic. Indiana, 164 .Voyez la note 44.

végétaux dont nous avons parlé est le bananier , qui s'élève à la hauteur d'un arbre , et qui cependant croît avec une telle rapidité , qu'en moins d'un an il récompense par ses fruits l'industrie du cultivateur qui l'a planté. Ces fruits grillés tiennent lieu de pain , et donnent un aliment agréable et nourrissant « . Le quatrième est la patate , dont la culture et les qualités sont trop connues pour avoir besoin d'être décrites. Le cinquième est le piment , arbuste qui produit une épicerie aromatique et forte. Les Américains qui , comme les autres habitants des climats chauds , aiment les saveurs chaudes et piquantes , regardent cet assaisonnement comme un besoin de la vie , et le mêlent en grande quantité avec tous les aliments dont ils se nourrissent3.

Telles sont les diverses productions qui formaient le principal objet de la culture chez les peuples chasseurs du continent de l'Amérique. Avec une industrie médiocremont active , et un peu de prévoyance , ces productions auraient suffi pour subvenir aux besoins d'un peuple nombreux. Mais des hommes accoutumés à la vie libre et errante de chasseurs sont incapables de toute assiduité régulière au travail, et regardent l'agriculture comme une occupation d'un ordre inférieur. Ainsi les provi-

(i) Voyez la noie 45.

(a) Gumi|ia , III, 171. Aoosta, lib. U , cap. 20

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