LIVRE QUATRIEME. I
sions de subsistance que les Américains tiraient de la culture étaient si bornées et si peu assurées , que , si quelque accident rendait leurs chasses moins heureuses qu'à l'ordinaire, ils étaient souvent réduits à la plus grande disette.
Dans les îles, la manière de vivre était très différente. On n'y connaissait aucun des grands animaux qui abondent sur le continent : on n'y a trouvé que quatre espèces de quadrupèdes , outre une race de petits chiens muets; et les plus grands de ces quadrupèdes n'excédaient pas la grosseur d'un lapin '. Il ne fallait ni activité ni courage pour aller à la chasse de si petits animaux ; aussi la principale occupation d'un chasseur dans ces îles était de tuer des oiseaux, qui, sur le continent, étaient regardés comme un gibier ignoble , abandonné à la poursuite des jeunes garçons 2. Les habitants des îles ont donc été forcés , par ce défaut de gibier et par leur situation même , à chercher dans la pêche leur principal moyen de subsistance 3 : leurs rivières et la mer dont ils étaient environnés leur fournissaient avec abondance ce genre de nourriture. Dans certaines saisons, les tortues, les crabes, et différents coquillages se rencontraient sur les cotes en si grande quantité , que ces insulaires trou-
(i) Oviedo. lib. XII, in proœm.
(2) Ribas, Hist. de los Triunf.p. i3. De la Polheiie, II, 33; III, 20,
O) Oviedo, lib. XIII, cap. I. Gomara, Hist. gen. cap. 28.
vaient à s'en nourrir avec une facilité qui convenait fort à leur indolence \ En d'autres temps, ils mangeaient des lézards et d'autres reptiles dégoûtants 2. Ils joignaient d'ailleurs à la pèche quelque sorte de culture. Le maïs3, le manioc, et d'autres plantes, étaient cultivés dans les îles de la même .. manière que sur le continent ; mais tout le produit
Agriculture ^ I
bornée et im- de l'industrie des habitants des îles, joint à ce que parfaite. ja terre produisait d'elle-même , n'était qu'une faible ressource. Quoiqu'ils se contentassent d'une petite quantité de nourriture , à peine tiraient - ils de la terre ce qui était nécessaire à leur consommation; et si quelques Espagnols venaient à s'établir dans un canton, il suffisait de ce petit surcroît de bouches surnuméraires pour épuiser leurs provisions et amener la famine.
Raisons de Deux circonstances , communes à toutes les nacette imper- ^ons sauvages de l'Amérique , concoururent avec
fection. ...
celles dont j'ai déjà parlé, non - seulement à rendre leur agriculture imparfaite , mais encore à restreindre leur industrie dans toutes leurs opérations. Ils n'avaient point d'animaux domestiques, et ils ne connaissaient point l'usage des métaux \
(r) Goniara, tiist.gen. cap. 9. Labat, IÈ, aai, tic, (9.) Oviedo, ///>. XIII, cap. 3.
(3) Voyez la note /|G.
(\) RobcTison a raison s'il parle d'une manière générale; mais le haut degré de civilisation qu'avaient ;iii< iint lès Mexicains, quoiqu'ils