‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 56 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

En d'autres parties du globe, l'homme, même Manque d'adans l'état de société le plus sauvage , se montre nunaux do~

t mestiques.

encore comme le maître de la terre, donnant des lois aux différentes classes d'animaux qu'il a apprivoisées et réduites en servitude. Le Tartare poursuit sa proie sur le cheval qu'il a élevé, ou conduit les nombreux troupeaux qui lui fournissent la nourriture et le vêtement. L'Arabe a rendu le chameau docile , et fait servir à son usage la force et la patience de cet animal. Le Lapon a soumis le renne à sa volonté, et les habitants même du Kamtschatka ont formé les chiens au travail. C'est une des plus belles prérogatives de l'homme , un des plus grands efforts de son intelligence et de son pouvoir que cet empire qu'il exerce sur les créatures d'une classe inférieure : sans cet empire , sa domination est imparfaite; c'est un monarque sans sujets , un maître sans serviteurs. Il est obligé d'exécuter tous ses travaux par la force seule de ses bras; et telle était la condition des nations sauvages en Amérique. Leur esprit était si peu cultivé , leur union sociale si imparfaite , qu'ils ne paraissaient pas sentir la supériorité de leur nature , et qu'ils laissaient tous les animaux jouir de leur liberté, sans songer à exercer leur pouvoir sur aucun. Il est vrai que la plupart

n'employassent pas les secours d'animaux domestiques, prouve que ce secours n'est pas absolument indispensable pour sortir de l'état sauvage. (D. L. R.)

des animaux qui ont été rendus domestiques sur notre continent n'existaient pas dans le Nouveau- Monde ; mais ceux qui sont particuliers à l'Amérique ne sont ni assez farouches ni assez redoutables pour n'avoir pu être domptés et asservis. Il y a quelques animaux dont les espèces sont communes aux deux continents ; mais le renne, qui a été apprivoisé et soumis au joug dans un des deux hémisphères, est resté sauvage dans l'autre. Le bison d'Amérique est évidemment de la même espèce que le bœuf de l'ancien continent '. Les nations même les plus grossières de notre hémisphère ont rendu cet animal domestique ; et c'est par son secours que les hommes ont su exécuter des travaux nécessaires avec plus de facilité , et augmenter utilement leurs moyens de subsistance. Les habitants de plusieurs régions du Nouveau - Monde , oii le bison est très commun , en auraient pu tirer les mêmes avantages ; il n'est pas d'une nature si indocile qu'on n'eut pu l'élever à rendre aux hommes les mêmes services que lui rendent les bêtes à cornes *. Mais, dans l'état où les Américains ont élé trouvés lors de la découverte, un sauvage est l'en-

(i) Buffon , Hist. nat. art. bison. Le bison est bien un animal du genre bœuf; mais il n'est pas de la même espèce que les bœufs de notre continent. (D. L. R.)

(2) Hennepin , Vouv. Découv. p. cga. Kalm, Voyage dans l'Amer, septenlr. I, 207. M. «le Humboldt, dit dans ses Tableaux </-• la nature, <|ue dis peuples sauvages de L'Amérique septentrionale employaient le I ison 1 des usages domestiques. (I>. L. R.)

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