‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 58 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. I 2Q · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. I 2Q

long - temps les autres métaux avant d'acquérir l'art de fabriquer le fer, et avant d'arriver à ce degré d'industrie nécessaire pour perfectionner une invention qui lui fournit les instruments au moyen desquels il subjugue la terre et commande à tous ses habitants. Mais , à cet égard , ainsi qu'à plusieurs autres, l'infériorité des Américains était bien frappante. Toutes les tribus sauvages , dispersées sur le continent et dans les îles , ne connaissaient point du tout les métaux que le sol produit en abondance , si nous en exceptons un peu d'or qu'ils recueillaient dans les torrents qui tombaient des montagnes et dont ils faisaient quelques ornements. Les moyens qu'ils avaient imaginés pour suppléer au défaut de ces métaux nécessaires étaient extrêmement grossiers. L'ouvrage le plus simple était pour eux de la plus grande difficulté, et exigeait les plus grands efforts de travail. Ils n'avaient pour abattre les bois que des haches de pierre, et ils y employaient des mois entiers1. Donner la forme à un canot et le creuser était pour eux l'ouvrage d'une année, et souvent le bois dont ils le faisaient était pourri avant que le canot fût achevé \ Leurs travaux pour l'agriculture étaient également lents et imparfaits. Dans des contrées couvertes de hautes forêts du bois le plus dur, il fallait les efforts

(i) Gumilla, III, 196. Voyez la note 47. (2) Borde, Rclai. des Caraïbes, p. 9.1.

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réunis d'une peuplade entière pour nettoyer le champ qu'on destinait à la culture, et ce travail demandait beaucoup de temps et beaucoup d'efforts. Les hommes croyaient avoir assez fait quand ils avaient ainsi préparé grossièrement la terre; les femmes, chargées du reste de la culture, la creusaient, ou du moins la remuaient avec des noyaux de bois durcis au feu , et semaient ou plantaient ensuite. Là se terminaient tous les travaux, et la fertilité naturelle du sol devait faire le reste '.

L'agriculture , lors même que l'homme est secondé par les animaux qu'il a soumis à son joug , et par les instruments divers qu'il a su fabriquer depuis la découverte des métaux, est toujours un travail très pénible. Ce n'est jamais qu'à la sueur de notre front que nous pouvons féconder la terre. 11 n'est donepas étonnant que des peuples privés de tous ces secours aient fait si peu de progrès dans l'agriculture, et qu'ils aient toujours dépendu pour leur subsistance de la pêche et de la chasse beaucoup plus que des productions qu'ils tiraient de la terre. Les instîtu- Après avoir fait connaître la manière de subsister

nous poliii- (]es peuplades grossières de l'Amérique , nous poulines naissent , , , . , r ,, , , . de cet état. VOns cn déduire la tonne et 1 esprit de Unis institutions politiques, et indiquer les différences les plus frappantes qui se remarquent entre ces peuples sauvages et les nations civilisées.

(r) r.tmiill;i, III, i G<» , etc. Lettres édif. XII, ro.

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i° Ils étaient partagés en petites communautés i° ils sont indépendantes. Quand la chasse seule fournit à la {^teT* nï subsistance de l'homme , il faut une grande étendue mimantes. de terrain pour nourrir un très petit nombre d'hommes. A. mesure qu'ils se multiplient, les animaux qui leur servent de proie diminuent , ou fuient à de grandes distances des habitations de leur ennemi. Tant que la chasse est le principal moyen de subsistance, la population est fort bornée, et les hommes sont obligés de se disperser comme le gibier même qu'ils poursuivent, ou de trouver quelque autre manière de pourvoir à leur nourriture. Les animaux de proie, solitaires et insociables de leur nature, ne vont point à la chasse en compagnie ; ils se plaisent dans les profondeurs des forêts, où, sans être troublés , ils peuvent errer et détruire les autres animaux. Les peuples chasseurs ressemblent par leurs occupations et par leur génie à ces animaux de proie. Ils ne peuvent former de grands corps , parce qu'il leur serait impossible de trouver leur subsistance , et ils sont forcés de se séparer les uns des autres par de très grandes distances. Tel était l'état des tribus américaines : le nombre des membres qui composaient chacune d'elles était petit, quoiqu'elles fussent répandues sur de vastes contrées : elles étaient très éloignées les unes des autres , et dans des guerres et des rivalités continuelles \ En Amérique,

(i) Lozano, Descr. ciel gran Ckaco, 5q, 62. Fernandez, Relac. hist. de los Chiquit., 162.

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le mot de nation ne reveille pas 1rs mêmes idées que dans les autres parties du globe. On l'applique à de petites sociétés qui ne sont composées que de deux ou de trois cents personnes , mais qui occupent souvent des pays plus considérables que certains royaumes de l'Europe. La Guyane, quoique plus étendue que la France, et divisée en un grand nombre de nations , ne contenait pas plus de vingtcinq mille babitants '. Dans les plaines des bords de l'Orénoque , on fait plus de cent milles, en différentes directions, sans rencontrer une seule cabane et sans trouver même des traces de créatures humaines \ Dans le nord de l'Amérique, où le climat est plus rigoureux et la terre moins fertile , la misère et la faiblesse de la population sont encore plus grandes. C'est là qu'on fait des centaines de lieues à travers des forêts et des campagnes désertes0. L'homme ne peut guère occuper toute la terre, tant que la chasse continue d'être sa principale ressource pour sa subsistance 4.

0 ils n'ont 20 Les peuples chasseurs ne connaissent poinl le aucune idée droit de propriété5. Comme les animaux qui nourrissent le chasseur ne sont point élevés par ses

de la pionne té.

(i) Voyage de Des Marchais, IV, '»5'î.

(2) Gumilla, III, 101.

(3) M. Fabrycité par Btrffou lll, p. 488. Lafitau,H, 179, Bossu, voyage dans la Louisiane, l, 3. Voyw la note jS.

(/;) Voyez la note ii).

(5) Rohrrl.son parle ici dune manière trop générale ; car il n'est pas

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